Vivre ses passions !

Varanassi pendant la mousson

Varanassi pendant la mousson

On oublie souvent que l’indépendance financière n’est pas une faim en soi, mais que le but est de vivre ses passions.

Je viens de lire le dernier article de MMM, un entretien avec une avocate qui a atteint l’indépendance financière à 33 ans, c’est-à-dire en 5 ans.

C’est un peu une « dream story ». Tout s’est passé parfaitement.

Elle a fait quelques années d’études, travaillée quelques années puis s’est tournée vers sa vocation : le droit. Elle a fait une école « moyenne » et est sortie avec son diplôme et 100 000 $ de dettes due à un emprunt étudiant. Elle a trouvé un boulot à 160 000 $ par an. Elle a continué à vivre comme une étudiante, dans un T1, a préparé ses repas, n’a pas acheté de voiture, est allée au boulot à vélo, a récupéré les fringues que sa soeur ne mettait plus etc… La seule dépense supplémentaire qu’elle a eu pendant cette période, était des voyages pendant ses vacances.

La première année, elle a remboursé son emprunt, et les années suivantes elle a tout investi dans des fonds indiciels de Vanguard.

Elle raconte sa vie, son parcours et ses expériences dans son blog « The power of thrift » (le pouvoir de l’épargne). Je ne suis pas sur de la traduction car il y a aussi les « thrift store », des magasins où on l’achète des choses d’occasion et/ou parfois géré par des organismes de charité. C’est souvent là que je fais mes courses quand je vais aux US, je choisis des « thrift store » des beaux quartiers et je complète ma garde-robe avec des habits rarement portés pour trois fois rien.

Ce qui m’a interpellé dans son histoire est que cette personne se retrouve maintenant 3 ans après son indépendance financière, un peu seule, ayant accompli une bonne partie des voyages qu’elle avait rêvés mais se demandant maintenant ce qu’elle allait faire de tout son temps. Elle envisage maintenant soit de retravailler, soit de créer une ONG.

On peut penser que c’est une question de « riche » et en rigoler un peu. Mais j’ai senti une vraie solitude qui a fait écho un peu à ce que j’avais connu en voyage il y a des années et que j’ai relaté ici. Du coup, cela m’invite à deux observations qui ne sont que des projections, que des élucubrations.

La solitude en voyage

J’imagine très bien cette jeune personne en décalage avec le reste des voyageurs qu’elle peut rencontrer dans les pays qu’elle visite.  Elle est sensiblement plus âgée que la plupart des backpackers. Ceux qui voyagent à son âge sont souvent en couple et elle certainement des moyens financiers plus important que la plupart des autres voyageurs. Ce qui veut dire qu’elle va utiliser plus facilement le taxi que les transports en commun, des chambres individuelles que des dortoirs, des hôtels plus chers que d’autres etc.. Cela me rappelle le syndrome de ceux qui gagnent au loto, bien décrit dans « La liste de mes envies« , mais qui est réel. De nombreuses études ont d’ailleurs été faites sur le sujet. En gros, les gens se retrouvent aussi heureux ou malheureux quelques années après avoir gagné au loto qu’avant, mais souvent plus seul. En effet, ils quittent leur travail, déménagent dans une maison plus grande, dans un quartier plus chic et s’éloignent de leur réseau social sans arriver à en créer un autre. Finalement, ils se retrouvent pas plus avancés qu’avant leur jour de chance.

Vivre ses passions

Ce qui m’amène à la deuxième observation. Parfois on est tellement pris par le but à atteindre qu’on oublie de se demander suffisamment ce qu’on fera ensuite. C’est vrai pour les joueurs de loto (encore que peu se demandent de se qu’ils vont faire de leurs gains), des personnes qui partent enfin à la retraite et des personnes qui atteignent l’indépendance financière. Parfois 5 ans ne sont pas suffisant pour bien savoir ce que l’on veut faire avec cette liberté.

J’ai indiqué que le désir de ne plus travailler n’était pas une motivation suffisante. Surtout en France, où le travail constitue une grosse part de notre identité. Par exemple, les Français demandent toujours d’où on vient et qu’elle métier on exerce. Les Américains, par exemple, ne s’interrogent sur ni l’un, ni l’autre, mais demandent votre nom et se définissent plus par leur université que par leur ville de naissance. La France est le seul pays que je connaisse avec l’Italie et l’Espagne où le métier défini souvent une personne. On dit : « …tu comprends, c’est un ….. » (comptable, cheminot, employé de banque, artisan, chef d’entreprise etc..) et un tas de choses est déjà dit.

Alors quand on ne travaille pas, on est quoi ? On fait quoi ? On contribue au monde de quelle manière ? Ce n’est pas tant le regard des autres qui comptent mais le regard que l’on porte sur soi-même. Je sais qu’après 4 ans de voyage, j’avais eu envie de reprendre part au fonctionnement du monde. En voyage, on est souvent observateur et pas acteur. Bien sûr, on contribue de manière subtile ou non à l’économie d’un pays, par le temps qu’on a à écouter, à rencontrer, à tenter de comprendre autrui. Mais parfois cela ne suffit pas. Je pense que notre avocate est arrivée à ce point là. Ce n’est qu’une étape. Ce qui est bien et rien ne l’empêche de faire ce qu’elle aura choisit de faire dans le futur grâce à son indépendance financière. C’est l’élégance de cet état, souple, adaptable au gré des humeurs, des envies et des passions.

Et moi ?

Je suis aussi coupable de parfois trop me concentrer sur le but. Récemment, je me suis aperçu qu’ayant coupé nombre de mes obligations sociales, je me retrouvais chaque semaine avec un temps libre non négligeable. Et que faisais-je avec ce temps ? Bien sûr, je ne peux pas faire de longs voyages ou de longues retraites (mes premières passions). Mais je pourrais me préparer, apprendre des choses qui me seront utiles en retraite ou en voyage. Donc, est-ce que je consacre ainsi tout mon temps libre à mes passions ? La réponse est : pas tant que ça. Je me demande parfois ainsi si je ne suis pas en train de trop me consacrer sur le but, en ayant trouvé l’excuse parfaite pour ne pas vivre ma vie à son potentiel maximum.

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