Toits de Paris

Un truc pour être plus heureux : ralentir

Cet automne, j’ai fait une découverte intéressante. Plutôt, j’ai suis tombé de nouveau sur une découverte que j’avais fait il y a plusieurs années, puis oubliée. Et je me suis aperçu en même temps qu’elle s’applique à beaucoup plus de choses que je ne pensais au départ.

D’abord le contexte : pourquoi j’ai décidé de ralentir

Cet été, j’ai payé la « facture » de ma sur-activité au travail. Ce n’est pas que je suis un taré du travail, j’adore ne rien faire, mais j’aime aussi le travail bien fait, et je ne rechigne pas à une certaine dépense d’énergie quand il y en a besoin, et le contexte m’a un peu forcé la main.
– Il y a un peu plus d’un an, j’ai pris un nouveau poste et remplacé une personne qui partait à la retraite. Cette personne travaillait alors à mi-temps et comme je suis à plein temps, on a augmenté assez soudainement ma charge de travail, aka, le nombre de dossier que je gérais, et comme c’est toujours le début de la gestion des dossiers qui est délicate, je me suis retrouvé « dans le jus ».
– En même temps, j’ai commencé une formation pour ce nouveau poste (payé par mon employeur) et je me suis retrouvé absent une semaine par mois pendant 8 mois. Pendant mon absence, personne ne gérait les dossiers donc quand je revenais, j’ai encore plus « dedans » (dans la muise).
– La formation était très mal faite et générait du stress. A tel point que je me suis souvenu pourquoi je détestais l’école quand j’étais petit. En fait, il y avait très peu de pédagogie ou plutôt la pédagogie mise en place était du niveau de l’apprentissage du code de la route. C’est à dire très peu d’explications sur comment faire correctement les choses, mais on revient constamment sur ce qui ne va pas.
– Enfin, cette formation était sanctionnée par un examen professionnel. Sans la réussite à cet examen, je n’aurais pas pu continuer à travailler à ce poste. Donc pas vraiment de droit à l’erreur.

Donc quatre circonstances convergentes et concomitantes qui m’ont donné une tonne de travail en plus et un stress pas possible.

A la fin des 8 mois de formation, peu avant l’examen final, j’ai ressenti un matin une douleur dans la poitrine en prenant mon vélo, puis une grosse fatigue. Une douleur sourde et persistante s’est installée sur ma poitrine et a duré plusieurs jours. J’ai vu un médecin au travail qui m’a dit que je ne faisait pas une crise cardiaque mais m’a recommandé de faire un check up et d’en parler à mon médecin traitant. Sous l’insistance d’une amie infirmière, j’ai vu un cardio de l’hôpital pour chercher d’où venait la douleur. Lors d’un electro-cardiogramme à l’effort, les résultats ne furent pas bon. « Ca peut être un faux positif. Est ce que vous pouvez revenir pour une scintigraphie ? ». Donc une semaine plus tard, une scinti et le résultat n’est toujours pas bon. « Ca peut être encore un faux positif. Est ce que vous pouvez revenir pour une coronographie ? ». Trois jours d’hosto plus tard, je sais que c’était des faux-positifs et que j’ai « des artères de jeunes hommes », mais toujours pas de diagnostic. Je pars en vacances et au bout de deux jours, ma douleur dans la poitrine disparaît pour ne jamais revenir. Ceci a confirmé mes soupçons de diagnostic depuis le départ, c’est à dire le stress. Une surdose de stress, pendant trop longtemps.

Moralité, je me suis reposé pendant mes vacances et à mon retour au travail, j’ai décidé de ralentir, consciemment, délibérément. C’était le mois d’août et la charge de travail était moins importante. J’ai rattrapé tranquillement le travail en retard, et surtout depuis lors j’ai essayé de prendre mon temps. C’est à dire que j’essaie de me lever plus tard, manger plus lentement, pédaler moins vite, éviter le multitasking, marcher moins vite etc.

De quoi s’agit-il ?

Cela veut pas dire que je me suis comporté comme un malade d’hôpital psychiatrique. Je n’étais pas au ralenti. Mais je ma comportais et j’essaie toujours de me comporter de manière plus délibéré et moins pressé. Par exemple, si je dois aller faire une photocopie. Je me retiens de marcher le plus vite possible, et je dois me concentrer sur chaque pas, car en fait mon mode de fonctionnement par défaut est de speeder. Donc, du coup, en faisant attention à ralentir, je ne pense plus à ce que je dois faire après la photocopie comme passer un coup de fil, mais je me concentre sur le rythme de mes pas. Le trajet a la photocopie n’est pas long, mais j’essaie d’appliquer ce principe à tous mes déplacements, et aussi à mes repas etc..

Et là, un truc inattendu s’est produit assez rapidement. J’ai commencé à vraiment de nouveau à apprécier ces instants. Parce que ralentissais délibérément, j’étais tout attentionné à l’instant présent et surtout je ne pensais pas à la suite.  Du coup, je me suis relaxé et j’ai commencé à savourer des moments de paix. Oh, rien de transcendant, mais un mieux être. J’ai pris un certaine distance avec ma journée de travail, les coups de fil non-stop et la liste de choses à faire qui ne semble pas désemplir. Si je multiplie ces moments de pleine conscience ralentie dans le journée, j’arrive à un passer une bonne journée. J’apprécie plus de choses, par exemple : le temps, les gens, les collègues autour de moi, des détails de mon environnement etc.

Et ma productivité ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir perdu en rendement, car j’essaie toujours de faire la différence entre efficacité et efficience, que j’avais évoquer dans cet article. Prioriser, simplifier et prioriser toujours. L’efficience est ce que nous pousse à faire le monde entier : travailler mieux, plus vite, moins cher. L’efficacité est de faire ce qui important et de ne pas faire ce qui n’est pas important. Une des règles est d’identifier les 20 % des tâches qui prennent 80 % du temps, et de faire en sorte d’éviter ces tâches ou les réorganiser. Lisez the 4-hour work week (la semaine de quatre heures) de Tim Feriss, il explique cela mieux que moi 🙂 Donc, le but de l’efficacité n’est pas de faire le plus possible, contrairement à l’efficience. Ainsi ralentir m’a permis de travailler plus efficacement car je prends du recul sur le travail, je ne suis plus dans la réaction obligée. Je prends le temps de choisir si je réagis ou pas. J’ai l’impression d’en faire moins, mais mon travail est mieux fait. Je ne sais si cela est clair 🙂 en tout cas, je continue l’expérimentation.

Conclusion

C’est une expérience intéressante (qui continue) et je dois dire que j’ai été surpris de la rapidité du résultat. J’avais gardé en mémoire que les périodes de ma vie les plus heureuses étaient celles où justement je prenais le temps de faire chaque chose délibérément. C’était en voyage. Et c’est plus facile de prendre son temps pour prendre son repas, marcher dans la rue, discuter avec un inconnu. Je m’aperçois que c’est aussi possible, dans une certaine mesure, au travail. Et c’est une bonne nouvelle 🙂

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