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Londres - Marylebone

Un monde sans croissance ?

Londres - Marylebone

Londres – Marylebone

Je viens d’écouter (pour la deuxième fois) une émission de France Culture  qui m’a beaucoup éclairée sur la situation économique mondiale. La sujet de la discussion était la question des conséquences d’un monde sans croissance. Daniel Cohen, professeur à l’Ecole normale supérieur, co-fondateur et vice-président de l’Ecole d’Economie de Paris a essayé de répondre aux questions portant sur le manque de croissance de l’économie.

Voici l’enjeu des questions présenté au début de l’émission par Philippe Meyer.

« Plusieurs économistes américains, dont Robert Gordon, Larry Summers ou encore James Galbraith, ont récemment publié articles et travaux sur une éventuelle « stagnation séculaire ». Selon eux, la période de croissance que nous connaissons depuis la révolution industrielle serait une exception historique, une parenthèse enchantée.

Selon l’économiste Barry Eichengreen, quatre facteurs principaux condamneraient nos économies à une anémie de long terme. En premier lieu, le développement des pays émergents s’accompagne d’un accroissement de l’épargne supérieur à celui de la consommation. A cela s’ajoute un faible appétit pour l’investissement, handicapant une croissance future, ainsi qu’un ralentissement général de la croissance de la population mondiale. La dernière hypothèse, énoncée par le professeur Robert Gordon, serait liée à l’impact de plus en plus faible de l’innovation sur la croissance. La révolution numérique aurait en effet moins d’influence sur les facteurs de production que la machine à vapeur ou l’électricité n’en ont eue en leur temps.

Ces hypothèses de croissance quasi-nulles nécessitent pour beaucoup une adaptation des économies développées, dont les modèles sociaux s’appuient sur l’anticipation de la croissance future. Dans leur ouvrage Croissance zéro, comment éviter le chaos ?, Marie-Paule Virard et Patrick Artus estiment que la hausse du PIB français ne croîtra pas de plus de 0.5% par an pendant la prochaine décennie. Si ces auteurs proposent des mesures sociales-libérales d’urgence, comme la baisse du SMIC ou le retard de l’âge de la retraite, d’autres regardent ailleurs et voient dans l’atonie économique une occasion de modifier nos comportements et de rompre avec le consumérisme.. De plus en plus de voix s’élèvent en effet pour dénoncer le coût écologique de la croissance et prônent un modèle économique moins productif et plus respectueux de l’environnement. »

Je conseille vivement d’écouter l’émission, au moins les 20 premières minutes car Daniel Cohen fait une démonstration très convaincante.

Pour ceux qui ne veulent pas prendre le temps, voici quelques points que j’ai noté qui m’ont fait tilt.

  • Certains pensent que la période de croissance exceptionnelle que nous avons connue depuis la seconde guerre mondiale touche à sa fin pour toutes les raisons énoncées plus haut. D’autres pensent que nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution industrielle due au numérique et que la croissance va forcément reprendre. Daniel Cohen se situe entre les deux : nous sommes effectivement dans une révolution industrielle (la révolution numérique) mais cette révolutions n’est pas comme les autres car elle n’engendre pas de croissance.
  • Elle n’engendre pas de croissance car la révolution numérique détruit des emplois sans en créer. La machine (plus sophistiquée) remplace l’homme (par exemple comme un robot) sans création de richesse, de valeur ajoutée. Depuis trente ans, on voit des tâches, des métiers disparaître (secrétaires dans les bureau, agent d’accueil, conducteur de métro par exemple). Le motto des informaticiens est  » si tu fais deux jours de suite la même chose, crée un programme pour le faire à ta place ». Donc rien n’est créé, mais les tâches sont détruites.
  • Les autres révolutions industrielles du passé ont profité d’avancés technologiques pour décupler la puissance de travail et créer de la productivité. Ainsi, les hommes se sont mis à utiliser des machines pour accroître leur force et leur productivité. Maintenant les machines remplacent les hommes. Ce n’est plus de la complémentarité mais de la substitution. Peut-être cette complémentarité est à inventer. Elle existe parfois mais ce n’est pas la règle.
  • La révolution numérique n’a pas apporté de nouveaux modèles économiques. Internet ne sert pour le moment qu’à ramener des clients vers une économie traditionnelle. C’est de la pub.
  • La révolution numérique n’a pas apporté de changement fondamentaux dans ce que vivent les hommes par rapport, par exemple, à l’arrivée de l’électricité, des antibiotiques etc. Robert Gordon dit qu’il n’échangerait pas l’air conditionné que lui a apporté le 20ème siècle contre un smartphone que lui apporte le  21ème. La plus value n’est pas aussi importante.
  • La révolution numérique a permis de gérer la croissance des autres révolutions industrielles. Par exemple, les avions ne vont pas plus vite qu’il y a 40 ans. Mais on arrive à en gérer plus. On gère plus d’informations, mieux. Mais il n’y pas de progrès fondamental.
  • La révolution numérique détruit beaucoup d’emplois mais paradoxalement il reste beaucoup d’emplois à créer. Donc Cohen ne voit pas de lien avec la monté du chômage et cette révolution. Il y a pleins de besoins d’emplois qui ne sont pas satisfaits dans beaucoup de domaine : santé, éducation, par exemple. Sauf que ce serait des emplois à créer dans la fonction publiques (hôpitaux, écoles). Et là, cela devient une décision plus politique qu’économique. Du point de vue économique, il y a un besoin. Alors pour le moment, on hésite entre privatiser ces emplois ou ne pas embaucher. On ne sait pas choisir.
  • Les emplois non qualifiés sont en demandes croissantes.
    Les emplois du milieu sont les plus menacés. (Je pense pour ma part que les emplois non qualifiés ne sont pas menacés pour le moment, car un robot coûte plus cher qu’un ouvrier mal payé. Mais cela peut changer). Les emplois très qualifiés sont en demande.
  • Le cost cutting : l’économie du partage (AirBnB, Uber, Autolib etc) va permettre de réduire les coûts en gérant les stocks (en gérant mieux l’information). On aura plus besoin d’acheter une auto, on possèdera 1/10 ème de voiture. Cela fera du pouvoir d’achat supplémentaire. Que feront les ménages avec cela ? Des loisirs : de plus belles vacances, des  restos. Peu de consommation d’équipements, nous sommes déjà très équipés, mais nous avons plus de besoins de socialisation.
  • Les besoins de socialisation des gens sont croissants. Les interactions toujours plus nombreuses (Facebook, Twitter etc…) sont trompeuses. La révolution numériques n’a apporté que des échanges entre pairs, entre personnes qui nous ressemblent.
  • Ma conclusion de ce dernier point est que l’on voit déjà la tentation du replis sur soi, du communautarisme, et de plus en plus de difficultés à transcender les barrières pour résoudre des problèmes communs. Chacun défendant son bout de gras. Les pêcheurs demandant à pouvoir pêcher plus, les agriculteurs à irriguer plus, les tabagistes à vendre plus de tabac…. etc. Donc, même si un monde sans croissance serait plutôt une bonne chose du point de vue de la planète, on est mal barré pour combattre le changement climatique.

Il y a pleins d’autres points intéressants à écouter dans cette émission (la gestion du chômage, la libéralisation économique, la formation professionnelle etc..) mais c’est vous qui voyez 🙂

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Le futur de l’économie

Métro parisien

Métro parisien

Voici un exemple d’émission supprimée qui était pour moi une vraie perle, un ovni dans le paysage radiophonique français. Je veux parlé de « Et pourtant elle tourne« . Depuis, France Inter a essayé de corriger le tir avec « Partout ailleurs » (qui n’a pas sa page Wikipedia encore). Mais malgré les efforts du très sympathique Eric Valmir, cette émission ne remplace pas tout à fait le vide laissé par « Et pourtant..« . Manque d’humour, de culture, de musique, de bonnes nouvelles, d’un autre regard.

« Ca se bouffe pas, ça se mange » de Jean-Pierre Coffe était une de mes émissions favorites. Et pourtant, je suis difficile en ce qui concerne les émissions sur la gastronomie, étant un ancien du métier (pendant 20 ans). J’aimais cette émission car on parlait du produit et pas des egos des uns ou des autres (celui de JPC prenait suffisamment de place mais il savait s’effacer aussi 🙂

Du coup, je me suis pas mal rabattu  ses dernières années sur France Culture. « L’économie en question », « L’esprit publique » et « Place de la Toile » étaient mes émissions favorites.

Je dis « étaient », car cette année, ils ont supprimés « Place de la Toile » qui était une émission sur le monde numérique et les nouvelles technologies d’une intelligence rare. J’avais déjà parlé de cette émission dans un article en début d’année « Réflexions sur la blogosphère » qui parlait d’internet vu par un médiéviste. Cette fois c’est une émission sur l’économie qui a retenu mon attention (l’émission n’est plus disponible sur le site de France Culture) et la question de départ était :

Quel rôle internet va prendre dans le futur de certaines industries ?

La voiture du futur

L’invité de cette émission (cela devient ridicule, je n’ai même pas son nom 🙂 merci France Cul !) essayait de prédire l’avenir de certaines industrie au regard des apports d’internet dans les objets du quotidien.

Prenons la voiture. Avec les technologies actuelles, déjà existantes et utilisées, on pourrait utiliser sa voiture ainsi : Le matin pour se rendre au travail, la voiture nous conduirait elle-même sans qu’on est besoin d’actionner quoique ce soit, il faudra juste entrer dans le GPS notre destination. Comme l’ordinateur de la voiture est connectée sur la toile, la voiture choisira un itinéraire qui favorisera le temps de trajet le moins long, surtout qu’elle saura grâce aux GPS des autres voitures, que 10 000 autres conducteurs ont tapé au même moment la même destination sur leur ordinateur de bord. Et la signalisation routière, connectée aussi sur internet, comme dans certaines villes de Suède actuellement, pourra offrir des feux verts et rouge appropriées pour gérer ce trafic le mieux possible.

Tout cela est possible avec les technologies actuelles. Il n’y a pas de raisons particulières pour le moment pour cela ne soit pas généralisé dans le futur proche. La question que l’on peut se poser est donc : quelle sera le component le plus important de la voiture ? Le moteur ou l’ordinateur ? Ainsi, la voiture (le moteur, le châssis, la transmission etc.. ) va devenir une sorte de coquille vide (est-ce que les gens savent que la Google Car est une Audi pour le moment ?). C’est déjà arrivé dans le monde de l’informatique. Souvenez-vous d’IBM. Aujourd’hui, ce qui compte n’est pas tant la carte graphique, le processeur etc, que est le système opérationnel (OS) et la suite de  logiciels disponibles pour l’OS. La question qui vient donc ensuite : quel système opérationnel allez vous avoir dans votre voiture ? Celui de Renault ou Android de Google ou iOS d’Apple ? Vu que vous avez déjà un smart phone Android ou iOS, la réponse est évidente, non ? Donc, ceux qui pensent que l’action de Google est très déjà très haute peuvent accrocher leur ceinture de sécurité (de leur Google car).

Les banques et la monnaie

Un autre développement récent sur internet a été la venue de monnaies décentralisées comme le bitcoin. La grande bataille actuelle est la bataille des moyens de paiement. Visa et Mastercard n’ont qu’à bien se tenir. Il y a ceux qui en s’alliant aux banques essaient de les court-circuiter (comme Apple et Microsoft) et ceux qui vont se passer directement des banques. Amazon envisage de se lancer dans l’aventure. Au début, c’est pour acheter des livres et tout le reste, car Amazon vend de tout. Ensuite on pourra peut-être prendre un crédit directement pour acheter ses courses par exemple Amazon nous récompensera en bon d’achat etc. Et pour savoir si nous sommes des gens fiables à qui on peut prêter de l’argent, qui mieux qu’Amazon connaîtra notre solvabilité et notre propension à rembourser des crédits ? En effet, Amazon saura nos habitudes de consommation, quels livres on lit (« Comment investir pour sa retraite ? » ou « Comment jouer au poker » ?), comment on achète (en début mois, juste après la paie ?), est ce qu’on pense économiser ou tout dépenser ? Certains émettent l’hypothèse que des sociétés comme Amazon pourraient révolutionner l’industrie bancaire dans les prochaines années. A suivre. Amazon s’est planté monumentalement sur son téléphone 3D, mais ils risquent de prendre le virage du on-line banking de manière très novatrice.

La santé

J’écoute « L’apéro du Captain » de temps en temps (oui, je sais, c’est moche), mais ces geeks ne disent pas que des conneries. En fait les dossiers de Lord Ton Père (2677 followers sur Twitter et 0 tweet !) sont toujours super ficelés et souvent intéressants. Je ne parle pas forcément de la série où il a essayé et donné son avis sur tous les jeux simulateurs de péniches, de train, de métro etc  uniquement en open source, à installer en ligne de code avec un manuel écrit en japonais :). Je ne pense pas non plus que l’AFA2P soit si significative que cela dans le paysage internet français (AFA2P veut dire Association Française des Amateurs de Pousse Pièces).

Mais, je l’ai appris dans l’apéro du capitaine et l’information est la suivante. Aux States, les compagnies d’assurances santé encouragent leurs employés et leurs adhérents à s’équiper en bracelets connectés. Bientôt cela pourrait être les balances et autres application smart phone. C’est dit actuellement dans un soucis de prévention, absolument pas pour nous espionner. Mais, comme par hasard, ces mêmes compagnies essaient de signer des accords avec les fabricants de ces machines pour récupérer les données que l’on y inscrit pour le moment en relative confidentialité pour faire des courbes et impressionner ses amis. Ces compagnies eux, veulent récupérer ces données pour le bien être de l’humanité (sic) ou pour faire payer les « mauvais » clients plus chers. Certaines, déjà, proposent par ailleurs des récompenses pour ceux qui par exemple vont faire 7000 pas par jour pendant un mois. En France, Axa a tiré la première en offrant un bracelet connecté pour les premiers adhérents à une nouvelle police et offrent des chèques « médecine douce » de 50 € et 100 € selon les résultats obtenus.

La question est – puisque l’on parle d’économie, et non pas d’éthique – comment va se structurer le marché. Est ce que Apple va investir dans la santé ? Est-ce que les compagnies d’assurances vont s’associer avec des boîtes technologiques et vendre les produits sous licence ? Qui va sortir du lot ? Quel est l’avenir pour le client ?

Voilà quelques réflexions sur le futur de notre économie en tout cas dans trois domaines où on risque de voir des évolutions importantes, et à mon avis, pas pour le mieux.

Peintres

Lutter contre l’hyper-spécialisation

 

Hum, cela a l’air un peu perché comme titre, mais en fait c’est très simple et très réel.

De quoi je veux parler ?
Notre société, ou plutôt l’économie de notre société nous encourage à devenir de plus en plus spécialisés dans notre travail. Dans mon champs (le secteur médico-social), on a d’abord un diplôme relativement généraliste. Et puis au fils des années, on se spécialise dans un champs, une population. Peut-être les SDF ou le handicap, ou les personnes âgées. On apprend les maux qui affligent ces populations, leurs difficultés, leurs manques, leurs maladies spécifiques, et les lois et dispositifs qui permettent de répondre à ces problèmes. Les lois changent régulièrement, les dispositifs aussi. Chaque ministre veut marquer son passage, faire une trace. La Loi Duflot, les lois Bessons etc..
Alors on devient très pointu, car ces dispositifs, ces programmes d’aide sont très pointus.
C’est la même chose dans l’industrie, dans la médecine, partout où l’on regarde. La cardiologie n’est plus  toute à fait un spécialité de la médecine. Trop vague. Il y a maintenant les cardiologues spécialisés dans la santé des artères, d’autres spécialisés dans le rythme cardiaque, d’autres encore spécialisés dans les problèmes liées à l’hypertension. Et les choses continuent à évoluer dans ce sens.

Pour quels effets ?
Il y a  certes des bénéfices à cette spécialisation à outrance. Même pour le spécialiste. On peut en tirer une certaine reconnaissance, une fierté d’être aussi calé dans un domaine. On peut aussi se sentir irremplaçable, et ainsi avoir un faux sentiment de sécurité dans son travail. Savoir que l’on est le seul à savoir opérer une machine correctement est rassurant pour tout le monde. Pour un temps…
Car bientôt, la machine va être changée ou pire va devenir inutile. Et la spécialisation deviendra obsolète. Notre métier rejoindra la multitude de métier qui n’existe plus. Et des pans entiers d’une industrie disparaîtra avec ses travailleurs hyper-compétents. Et pour ces ex-travailleurs, l’enfer ne fait que commencer. Ils deviennent à leur insu, complètement incompétents du jour au lendemain et toute leur estime de soi disparaît avec l’utilité de leurs savoirs.
Il y a d’autres inconvénients à être hyper-spécialisé. On fait toujours la même chose, on répare les mêmes problèmes, et on s’occupe des mêmes personnes. Je connais, et je crois que je ne suis pas le seul, des personnes très très compétentes dans leurs métiers, mais qui n’en peuvent plus. Ces personnes se retrouvent dans une sorte de prison. Très compétentes et appréciées, elles sont allées au bout de leurs démarches. Elles ne font que répétées les mêmes tâches pour la n’ième fois et la lassitude est bien là. Elles attendent la retraite qui viendra les délivrer de cette voie sans issue. Elle ne peuvent plus faire l’effort de partir d’où elles sont, pour apprendre une autre spécialité. J’en connais qui sont sous anti-anxiolytique pour tenir jusqu’à leur départ en retraite, et pour qui leur travail est devenu un cauchemar après l’avoir exercer pendant plus de 30 ans, relativement normalement et avec satisfaction.
Ça, les économistes ne l’ont pas prévus, il me semble. Je pense qu’ils avaient prévus et encouragés l’hyper spécialisation, car  cela permet plus de productivité etc, mais ils n’ont pas prévu pas le coût social immense.

Donc comment faire pour ne pas tomber dans le piège, pour aller à contre-courant ?
Si on prend un peu de recul, on s’aperçoit que ce processus de spécialisation a commencé bien avant l’ère moderne. Un enfant d’une peuplade primitive de chasseurs-cueilleurs a probablement plus de compétences dans son environnement que nous, adulte, dans le notre. On peut imaginer qu’un adulte « sauvage » a les compétences nécessaires pour construire sa maison, trouver de l’eau, à manger dans son environnement. Il pourra fabriquer des remèdes à basse de plantes pour des afflictions courantes. Il pourra réparer ses outils, en fabriquer d’autres etc.

Nous, de notre côté, avons « délocalisé » ou « externalisé » nos compétences et la tendance s’est amplifiée avec la révolution industrielle. Nous avons maintenant besoin d’autres personnes pour tous les domaines de notre vie quotidienne, et il semble que chaque génération perd un peu plus de compétences par rapport à la précédente. Nous achetons de plus en plus de plats préparés, les « services à la personnes » explosent et pas seulement à cause du vieillissement de la population.

Cet été j’ai lu  » The 4-hour work week » de Tim Ferris. Ce bouquin m’a apporté beaucoup, notamment sur la l’organisation du travail dans le but de devenir plus productif en étant plus efficace et n’ont pas plus efficient. Tim Ferris encourage l’externalisation (la sous-traitance) des petites tâches qui prennent du temps par l’utilisation de PA (Personnal assistant), sorte de secrétaire particulier, travaillant derrière un ordinateur quelque part en Inde. Ce PA peut payer les factures, organiser des sorties, des vacances (chercher le meilleur deal sur internet pour un billet d’avion), offrir des cadeaux d’anniversaire et même faire une partie de notre travail à notre place afin de libérer plus de temps libre (travail de recherche, de secrétariat, écrire un rapport etc). L’idée d’avoir plus de temps libre me plaît. Mais l’idée de dépendre de quelqu’un ne me plaît pas. Pas à ce point là.

Je préfère largement le concept de Renaissance Man de Jacob Frisker. L’idée est de multiplier ses compétences et aussi multiplier ses sources de revenus. J’ai déjà parlé de cela dans l’article « Comment augmenter mes revenus ? ». Cet article parlait de l’idée d’utiliser des compétences (dans un sport, en cuisine etc..) ou un « capital » (ex un appartement, une voiture) que nous avons déjà pour augmenter ses revenus.  On peut pousser le concept plus loin. On peut d’abord essayer de devenir plus compétent dans notre vie quotidienne. On pourrait imaginer faire ses meubles, faire son jardin, l’entretien de sa voiture, de son vélo etc… Qui sait ? Peut-être ces compétences ou « capital » peuvent aussi devenir source de revenus. Avec la crise de 2007, un tas de sites sont apparus où les gens loue leur voiture, leurs appareil photo, leur appartement etc. à des particuliers par l’intermédiaire de réseaux. C’est très intéressant.

Un des problème de notre pouvoir d’achat est que parfois ces compétences sont difficilement monnayable en Euros sonnants et trébuchants. D’abord parce que l’on reste souvent des amateurs. Et puis ce n’est pas tout à fait dans notre culture de facturer des services rendus. Par contre, c’est tout à fait dans la culture américaine où les enfants paient les grand-parents pour garder leurs petits-enfants. Ne pas le faire ou ne pas le proposer serait anormal pour beaucoup là-bas. Ici, c’est impensable il me semble. Perso, je me vois mal demandé à un copain de me payer de l’argent parce que je lui ai appris à faire une bûche de Noël. Par contre, on peut imaginer, et d’autres l’ont fait, des monnaies alternatives qui permettent d’échanger ces compétences. Ainsi sont nés dans les pays anglo-saxons les monnaies LETS devnues SEL en France. Un exemple : si je te montre comment faire un bûche de Noël, tu me donnes 120 SEL (deux heures de travail). Avec ces 120 SEL, je peux « payer » quelqu’un pour me montrer comment vidanger, changer les filtres et nettoyer les bougies de ma voiture. Cette personne avec ces 120 SEL peut te « payer », une soirée de baby-sitting etc. La boucle est bouclée, non ? On a pas besoin de se connaitre très bien, juste d’être dans le même réseau.

J’ai travaillé quelques années comme extra soit en temps que cuisinier, soit en temps que serveur. C’était en Angleterre, à Londres et j’étais hyper-compétent dans ces deux domaines comparé au reste du personnel. C’était mon vrai métier et mes collègues étaient souvent des étudiants qui payaient leurs études. J’avais ainsi plusieurs employeurs. J’étais donc le roi de pétrole. Je travaillais qu’en extra sur une semaine, refusant toute offre de CDI, voulant ma liberté dans travailler quand je voulais. On s’arrachait mes compétences en cuisine, en salle, et j’ai toujours prêts à dépanner. Par contre, cela m’est arrivé plusieurs fois de partir du jour au lendemain si je pensais que je n’était pas traité de manière normale par un petit chef. Les « grands » patrons  me rappelaient s’excusant de se qui s’était passé me suppliant de revenir. Parfois j’acceptai, parfois non car je travaillais déjà ailleurs. Ce que je veux dire par cet exemple est que mes compétences et le contexte faisaient que je n’avais pas tous mes oeufs dans le même panier, et je pouvais retomber sur mes pattes facilement si je perdais un emploi. J’avais ce que les anglais appel du « leverage », de la marge de négociation. Je n’étais jamais pris à la gorge.

MadFientist a relaté dans un article récemment une expérience un peu similaire. En fait, il a atteint récemment l’indépendance financière et donc a été voir son patron pour démissionner et partir voyager. Son patron lui a proposé aussitôt la possibilité de travailler d’où il voulait, de ne jamais se rendre au bureau ! (il est programmeur informatique). MadFientist avait déjà eu cette expérience quand il a quitté l’Ecosse pour les Etats-Unis. A l’époque, son patron lui avait proposé une augmentation de salaire de 20 % et la possibilité de travailler depuis les Etats-Unis.  Il est sûr que sans son désir de partir, si il avait demandé une augmentation de salaire de 1%, elle aurait été refusée. The Power of Quitting. Le pouvoir de dire non, ou merde ou F-Y. jlcollinsh appelle son épargne « F-You money », le pouvoir de se barrer du jour au lendemain. C’est pas mal, j’aime bien 🙂

Conclusion
Je m’aperçois que cet article est déjà relativement long et je ne sais si tout le monde aura suivi jusqu’au bout :). Pour résumer ma pensée, je crois que pour survivre le mieux possible dans ce monde économique de brut, il faut se fabriquer un pouvoir de négociations, du « leverage ». Et on peut le faire en devenant compétent dans de multiples domaines, , et/ou augmenter son indépendance financière. Le mieux est de faire les deux, car les deux s’auto-alimentent. Il y a pleins d’avantages.
– On rencontre de nouvelles personnes, on rend service et pour pas un rond. On crée même de la richesse.
– On développe notre esprit, on maintient une fraîcheur, un esprit enfantin qui reste curieux.
– Ces compétences deviennent des ressources. On devient moins dépendant d’un travail, d’une spécialisation. On peut retomber plus facilement sur nos pattes en cas de difficultés. On peut partir de situations misérables facilement.
– Devenant moins dépendant de notre travail pour vivre, on peut plus facilement garder la main sur ce qui est exigé de nous, on peut obtenir des bénéfices/ des compensations (augmentations de salaire, travailler à la maison etc) plus facilement si le système le permet.

Pour la recette de ma recette de la bûche de Noël, il faut attendre Noël 🙂

Vinoba-Bhave

Petit cours d’économie (2)

Nous avons vu dans la première partie de cet article que économie et politique sont intimement liés, qu’il n’y a pas de loi naturelle du marché ou d’ailleurs et que l’économie ne reflète QUE les aspirations politiques de certaines personnes. Au moins, on s’aperçoit que pratiquement tout est possible, pour peu qu’on prenne le temps d’y réfléchir.

Aujourd’hui, je vais parler de cela en pratique, montrer que ce qui paraît impossible est possible.

Je vais parler d’un miracle économique (et politique) qui a vraiment eu lieu, parce que quelques personnes (en fait non, beaucoup de personnes) ont pensé différemment et ont décidé de construire un autre monde.

Avez-vous entendu parler de la réforme agraire indienne ? C’est dommage qu’on ne l’enseigne pas dans les manuel d’économie. Toutes les réformes agraires du 20ème siècle ont échoué, sauf celle-là, parce qu’elle était un peu spéciale.

En 1947, l’Inde obtient son indépendance des Britanniques, pacifiquement, grâce aux pressions non-violentes exercées par les Indiens qui suivaient l’exemple du Mahatma Gandhi. Les Britanniques (surtout Churchill) organisèrent la partition de l’Inde en Pakistan (Orientale et Occidentale) et Inde. Le Pakistan Orientale deviendra le Bengladesh en 1971. Gandhi fut assassiné en janvier 1948 par un intégriste hindou,  qui ne lui pardonnait pas de soutenir les Indiens musulmans autant que les Indiens hindous (l’Inde est le deuxième pays musulman au monde, le premier est l’Indonésie).
Après que la partition eu lieu, avec son cortège de violences, de déplacements de population et de misère, l’Inde organisa son premier gouvernement autour de Nehru, le bras droit de Gandhi.
Mais le parti politique de Gandhi se cherchait un leader pour prendre la place de Gandhi. Quelques sages se tournèrent vers Vinoba Bhave qui était un disciple de Gandhi, en lui suppliant de s’investir dans le parti. Il répondit qu’il ne s’en sentait pas capable. Les autres insistèrent et lui demandèrent de réfléchir. Il dit qu’il rendrait sa décision à la prochaine assemblée générale du Congrès 6 mois plus tard. Pendant 6 mois, il comptait marcher à travers l’Inde pour se rendre à cette réunion, et d’ici là, il aurait pris sa décision.

Il partit avec quelques disciples, à pied, marchant sur les routes de villages en villages. Le soir, ils s’arrêtaient dans un village et demandaient l’hospitalité et  partageaient le repas autour d’un feu avec les villageois. Il y avait souvent des discussions où les villageois faisaient état de leurs difficultés. Un problème récurrent était la situation des Intouchables. N’ayant pas de terre à cultiver, ils étaient contraints de mendier et avaient toutes les peines du monde à nourrir leur familles. Les Brahmanes avaient souvent beaucoup de terres, plus qu’ils ne pouvaient en cultiver. Alors Vinoba dit un jour à la famille d’intouchables qui habitait dans un village :
– J’ai bien compris votre problème, et je vais en parler à Nehru pour faire une réforme agraire. Ainsi le gouvernement confisquera les terres des Brahmanes et vous la redistribuera, ainsi vous aurez des terres à cultiver et vous pourrez nourrir vos familles.
Tout le monde se coucha se soir-là, confiant, mais Vinoba ne dormait pas, il réfléchissait.
Le lendemain matin, avant de reprendre la route, il parla à tout le village.
– Je suis désolé mais mon idée n’est pas bonne. Je connais l’Inde. Si le gouvernement confisque les terres des Brahmanes et tente de les redistribuer, avec la corruption qu’il y a dans ce pays, tous les intermédiaires (ministres, chef de gouvernement local, chef de district, maire) vont se servir au passage, et à la fin il n’y aura plus suffisamment de terre pour vous à cultiver. Je suis désolé. Je n’ai pas de solution.
Alors un Brahman prit la parole.
– J’ai moi-même beaucoup de terres. Je pourrais en donner à cette famille. Combien avez vous besoin ?
– Pour nourrir ma famille, 3000 mètre carré suffiront.
– Je peux te donner 3000 mètre carré de terrain, pas besoin du gouvernement.
Vinoba s’interposa :
– Il faut que tu demandes d’abord l’accord à ta femme et à tes fils car tu vas les déshériter.
Le Brahmane partit et revint avec l’accord de sa femme et de ses fils et la donation fut faite.

(Dans une version de cette histoire eu lieu, cette scène eu lieu dans l’après-midi du18 avril 1951, dans le village de Pochampally, et le propriétaire terrien qui donna ses terres s’appelait Ram Chandra Reddy. Et en fait, il a donné 40 hectares à 700 familles d’intouchables.)

Et dans la prochain village, la même chose fut faite. Et ainsi de suite. Dans les mois  et les années suivantes, des disciples de Vinoba parcourirent l’Inde à pieds et permirent la plus incroyable réforme agraire jamais mise en place. 400 000 hectares de terres furent ainsi redistribués. Vinoba a même fait la couverture du magazine Time aux Etats-Unis.

Vinoba Bhave Time Magazine

 

Bon, voilà, il y a pleins de leçons à tirer de cette histoire. Comme je ne veux pas donner de leçon je vais m’arrêter là 🙂 Je trouve que cette histoire me rappelle l’histoire des AMAP qui est une « révolution » silencieuse (au moins dans les médias), un peut trop lente à mon goût. Il y a cette organisation depuis la base, depuis les besoins des hommes et des femmes. Beaucoup de choses comme cela se passent actuellement dans des communautés plus petites, parfois de manière moins parfaite, mais je trouve cela chouette 🙂

Au delà des leçons à tirer de cette aventure, on peut rêver d’autres révolutions aussi bénéfiques que celle-là. On reproche souvent aux personnes qui recherchent l’indépendance financière d’être égoïstes, de vouloir en quelque sorte vivre comme rentiers de la société, consommer, ne pas produire. Cela peut être vraie de quelques personnes mais si j’imagine une société ou beaucoup de personnes recherchent l’indépendance financière, je ne vois pas cela.

Je vois une société où l’on consomme moins de produits stupides sans réelle valeur ajoutée, une société où la Terre sans porterait mieux, une société où il y aurait moins de gaspillage. Socialement, je vois une société où les gens favorisent les expériences à leur possession, où les gens peuvent consacrer plus de temps à élever leurs enfants, assister leurs parents vieillissant, s’impliquer dans des associations. La plupart des gens garderaient certainement un travail mais à temps partiel, ainsi moins de chômage mais aussi moins de travailleurs stressés. Bien sûr, l’économie de l’industrie en prendrait un coup, mais ce serait uniquement l’industrie qui produit des trucs en plastiques pas vraiment utiles. Des investissements seraient fait sur la qualité de vie, des productions d’énergie verte, l’économie d’énergie. Moins stressés, les gens mangeraient moins de sucre, donc il y aurait moins de productions de céréales, donc moins d’érosion des sols, moins d’utilisation de pesticides, moins de cancer, de diabète, d’Alzheimer..

Si je me pose la question de quel type de système économique, politique, sociétal je rêverais, j’arrive à ce genre d’utopie. Est-ce vraiment impossible ? Je ne suis pas sûre et je pense que cela vaut la peine de marcher dans cette direction. Surtout, je ne vois pas en quoi ce serait moins bien que la direction où nous allons maintenant.

Manuel d'écoomie

Petit cours d’économie (1)

Manuel d'écoomie

Manuel d’économie

C’est les vacances, donc un article un peu plus court que je mettais promis d’écrire en hommage à un cours d’économie que j’ai reçu une fois par Monsieur Patrick Mignard qui a soudainement révolutionné ma façon de voir le monde. Je voulais en faire profiter le plus de monde possible.  Ce raisonnement a changé m’a façon de penser mais je n’ai adhéré à aucune « boutique » 🙂 J’étais un humaniste rêveur, je suis devenu un humaniste pragmatiste en quelques heures. 🙂 Ceci est une première partie. La suite très bientôt.

(Vous pouvez retrouver des écrits de Mr Mignard  et ).

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 » Imaginez que nous échouions sur une île déserte avec une trentaine d’autres personnes, hommes, femmes et enfants. Peu importe comment nous sommes arrivés là, par magie, par transport interdimensionnel, à la suite du naufrage d’un avion ou d’un bateau, façon Lost.
Donc, vous et moi sommes là sur la plage, tout le groupe, et ma foi, la température est agréable, l’eau est douce et tout ne va pas trop mal. Sauf que le soleil montant à l’horizon, tout le monde se retrouve avec une petite faim. Donc on se concerte, et certains partent explorer l’île pour voir si il y a quelque chose à manger, d’autres vont essayer de confectionner des récipients à partir de noix de coco pour récupérer de l’eau douce au ruisseau à côté, d’autres encore vont essayer de faire du feu etc… et après quelques heures, tout le monde partage un repas bien gagné.
Et les jours se passent ainsi. Sauf que l’organisation devient de plus en plus précise. Il commence à y avoir du stock de nourriture et des décisions doivent être prises.
Et là, cela se complique. Quel système de prise de décisions ? et quel système de gestion des denrées va t’on mettre en place ? et quels autres systèmes devra-t’on mettre en place pour optimiser…?

Il pourrait y avoir plusieurs possibilités

  • comme je suis pas trop con, et que je suis le plus vieux parmi nous, je me mets deux mecs balaises de mon côté et je décide de contrôler le stock de nourriture. Je constitue une équipe de chasseurs que je récompense en donnant plus de nourriture, et d’autres personnes vont servir les besoins de ces chasseurs tellement occupés à chasser qu’ils ont besoin de se reposer le reste du temps. Et moi, je me la coule douce.
  • ou alors, on peut décider de faire une assemblée démocratique, au premier sens du terme, où des groupes de personnes sont en charges tour à tour de prendre les décisions importantes pour le bien être de la communauté.
    -ou encore, on fait des groupes « d’experts » en différents domaines, et on fait des délégations, des petits groupes qui vont gérer certains domaines. Il y a aura par exemple un groupe « défense contre les prédateurs », « chasseurs », « éleveurs », « agriculture », « gestion de l’eau », etc..
  • ou encore, on pourrait  élire (mais comment ?) un président tous les ans et lui donner tous les pouvoirs.
  • ou remettre le devoir d’apaiser les conflits à un sage qui vit dans une case sacrée et à qui on ne peut mentir et lui demandé de trancher en cas de conflit ( système politiques des Dogons).
  • ou de se fier aux rêves pour prendre des décisions et gérer l’harmonie de la communauté. si, par exemple, lorsque je dors, je rêve que je fais du mal à quelqu’un, j’irai le voir le lendemain pour lui faire un cadeau (apparemment ce système existait dans certaines tribus en Malaysie (voir l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu dans « Les fourmis » de Bertrand Werber)
  • ou …

Conclusion

  • Ce petit exercice m’a appris plusieurs choses ;
  • qu’il n’y a pas d’ordre naturel des choses, de loi naturelle du marché et de la concurrence et autres stupidités similaires. Ce sont des inventions de certains hommes. Les rapports économiques sont le reflet des rapports politiques. Il y a des systèmes plus efficaces que d’autres mais seulement au regard des objectifs fixés. Après tout, on pourrait décider de tout sans limites.
  • que les systèmes économiques et politiques possibles sont infinis.
  • que ce qui compte est de savoir dans quel société (économique et politique) on veut vivre, le reste, c’est de l’enfumage.
    Voilà, ça, c’est dit

Ok, j’ai parlé beaucoup de théorie, la prochaine fois je parlerai pratique pour illustrer mon propos.