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Investir dans le bonheur

Investir dans le bonheur

Investir dans le bonheur

Qu’est ce qui fait qu’une vie est bien remplie ? Qu’est ce qu’une bonne vie ? La science essaie de répondre à ces questions.

Je suis toujours attentif à ces questions que je me pose régulièrement. J’espère y avoir assez réfléchi mais je n’hésite pas à remettre en cause mes réponses ou plutôt les réponses que j’ai fait miennes en m’inspirant de grand penseurs comme Sénèque ou le Bouddha. Continuer la lecture

Cotentin

Comment je sais que l’argent ne fait pas le bonheur

Cotentin

Cotentin

Tout le monde le sait, mais personne n’y croit. Pourtant l’argent ne fait pas le bonheur, en tout cas, pas forcément. Je vais expliquer aujourd’hui comment j’ai découvert que c’était vrai. En fait le bonheur a certainement des causes, mais l’argent n’est pas l’une d’elle. En tout cas, d’après moi. Voilà pourquoi.

C’est une question importante, car c’est une des clés de la frugalité. Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que l’on peut vivre sans argent , mais de dire qu’au de-là d’un certain seuil, plus d’argent ne veut pas dire plus heureux (d’ailleurs cela a été prouvé par des recherches). Alors que des recherches essaient de prouver un seuil plafond moyen, je crois que ce seuil est différent pour tout le monde, et bien sûr on peut faire une moyenne, mais cela ne renseigne pas sur ses propres exigences. Je crois que plus on est persuadé que l’argent contribue au bonheur, plus le seuil sera haut.
J’ai défini mon seuil après de longues réflexions, mais surtout après plusieurs expériences de vie qui m’on fait évoluer sur le sujet. Commençons par le début.

Ma relation avec l’argent de l’enfance et à l’adolescence

De l’enfance à l’adolescence, j’étais bien sûr complètement ignorant sur le sujet. Mon « bonheur » (encore que certains contestent qu’un enfant puisse connaître le bonheur) ne dépendait pas de l’argent de poche que mes parents me donnaient, mais plutôt si j’avais des copains, si j’avais de bonnes notes, si j’étais choisi rapidement quand on tirait au sort les équipes, si les filles me souriaient en cachette ou pas. Donc, indice argent/bonheur = 0
Tous mes copains avaient plus ou moins les mêmes moyens que moi, de quoi aller à la piscine et au cinéma de temps en temps et de s’offrir un chocolat chaud ou une viennoiserie ou des bonbons une fois par semaine après l’école. Donc, pas d’envie, de sollicitations, de Game Boy à avoir. La télé avait au début 2 chaînes, puis trois et franchement, on était pas très intéressé à la regarder. Les loisirs, c’était le champs en bas de la rue où on jouait au foot, aux chasses à l’homme (sorte de cache cache géant par équipe), la bibliothèque municipale, la piscine municipale et le club de sport (tennis de table pour moi).

… en tant que lycéen / l’étudiant

A 16 ans, j’ai intégré l’École Hôtélière de Paris (EHP), Jean Drouand, dans le 17ème arrondissement. Mon univers à changé tragiquement. Cravates obligatoires, blousons interdits, coupe de cheveux courts, baskets et tennis interdites…. Je venais de la banlieue, je mettais normalement des Camargaises et des blousons en jeans, comme mes copains. Il a fallu que je change ma garde-robe, apprenne à faire un noeud de cravate et à marcher avec des chaussures sans lacet. Au CES, quand on se moquait de quelqu’un, on le traitait de « richman« . À l’EHP, dans le 17ème, j’étais entouré de Parisiens, pour qui mettre une chemise et une veste était habituel et qui pour se moquer de quelqu’un le traitait de « prolo« . Je me suis senti tout de suite « prolo« , et mal dans ma peau.

Ce fut les 5 années les pires de ma vie. Je n’avais pas de copains sauf deux autres banlieusards, les filles ne me regardaient pas ou de haut et je n’avais plus le temps de voir mes copains de banlieue. Je finis par les perdre petit à petit au fil des déménagements des uns et des autres. Je n’avais pas une tune, mais quelque part, je le revendiquais. Cela m’embêtait d’acheter mes fringues à C&A quand mes « camarades » de classes portaient des Weston et du Burberry’s. Je voyais bien la différence de qualité, mais je ne comprenais pas en quoi les fringues que je portais pouvaient engendre le regard méprisant des autres autour de moi.

Au travail

Mon premier travail fut à Londres. Le contraste était encore plus saisissant. J’étais payé une misère (80 £ par semaine) dans une des villes les plus chère de la planète. Il m’arrivait de voir et compter 30 Rolls Royce par jour dans le quartier où je travaillais. Mais je venais manger à la cantine du travail mes jours de congés (c’était autorisé) mais discrètement car je n’avais pas assez de sous pour faire des courses et j’avais quand même un peu honte.

Avec mes collègues, c’était aussi compliqué. Je venais d’une école prestigieuse (le chef de cuisine venait de la même, c’est pour ça qu’il m’avait pris), mais c’était une école de « riches ». J’avais un BTS, j’étais donc un  « intellectuel » (si, si). J’avais aussi un CAP mais j’avais pas fait d’apprentissage, et donc, je n’avais pas vraiment fait de cuisine. En gros, on disait de moi que j’avais appris la cuisine dans les livres 🙂 Cela a été 2 ans et demi de galère mais je me suis forgé un caractère, contrairement à l’EHP, car on était à armes égales devant les fourneaux, et je n’avais pas deux mains gauches.

Après le Connaught les choses se sont améliorés socialement et financièrement. De toutes façons, je travaillais tellement (70 à 90 heures par semaines – oui ça fait 6 fois fois 15 heures) que je n’arrivais pas à tout dépenser. Au bout de 5 ans, un divorce, une impasse dans ma carrière et une autre impasse amoureuse, j’ai décidé de prendre du recul et je suis parti voyager.

A partir de l’école hôtelière jusqu’à ce voyage, j’avais bien appris la leçon que l’argent faisait le bonheur, que plus on en a, plus on est heureux, et pour en avoir plus, il suffit de travailler plus (ah ah). Mais je me rendais compte qu’il y avait un hic, parce que effectivement je travaillais plus et j’avais plus d’argent mais je n’étais pas plus heureux. D’où mes week-end à boire des gallons de bière ou des litres de whisky-coca, à essayer de coucher avec toutes les filles qui le voulaient bien, et à faire le con sur ma grosse moto sur les routes de campagne anglaises.

Ma première moto

Ma première moto

Indice argent bonheur toujours 0, car j’avais de l’argent mais zéro bonheur.

Un autre bonheur possible en voyage

Le voyage m’a ouvert les yeux sur le fait que c’était souvent chez les populations les plus pauvres, que l’on trouvait les gens les plus souriants, paisibles et peut-être (pourquoi pas ?) heureux. Ce n’est pas vrai partout. Il faut faire la distinction entre pauvreté et misère. Les pauvres ont peu et les gens dans la misère n’ont rien. Souvent ce n’est pas une grande différence pour nous, mais pour eux, cela change tout.

J’ai vu aussi que les gens étaient souvent plus « heureux » s’ils n’avaient pas accès à la télé et au illusions, au mirage du monde occidental. En 1996, la différence était frappante entre le sud du Mexique (paysan) et le nord qui captait les chaînes américaines. Donc lors de ces voyages, le vernis de mes certitudes s’est craquelé et j’ai pu entrevoir une autre vérité. Je me suis surtout demandé si je ne faisait pas fausse route. Et puis, avec 15 $ de budget journalier, j’étais techniquement pauvre mais je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie. Conclusion indice de corrélation argent/bonheur encore égal à 0.

…et enfin en retraite

Et puis, en 1998, j’ai fait une première retraite de 3 mois. Je me suis installé dans un monastère au Népal, dans une pièce minuscule (environ 8 m carré) et j’ai commencé une routine quotidienne de sessions de méditation et de tâches « mondaines » (manger, se laver, laver ses affaires, et lire un peu). Tous les jours je me levais à la même heure et recommençait ma routine, et ce, pendant 90 jours. Le temps ralenti beaucoup dans ces conditions. De plus, j’étais en silence total, je ne communiquais que par geste et ce le moins possible. Ca été très dur mais j’ai beaucoup, beaucoup appris.

Mais une des leçons que j’ai retenu lors de cette expérience et qui a changé le reste de ma vie est que le bonheur (et la déprime, la mauvaise humeur) ne dépend absolument pas des circonstances extérieures à soi ! Cela peut être corrélé mais les circonstances extérieures ne sont pas la cause du bonheur ou de la souffrance interne. C’est comme dire que les attaques de requins en Floride sont plus fréquentes quand on vend plus de glaces (sources). Corrélation mais pas causalité.

Je ne dis pas cela parce que quelqu’un me la dit ou parce que cela suit un raisonnement logique, mais parce que je l’ai expérimenté en première main. Je m’explique. Chaque matin, chaque jour, pendant 3 mois donc, je faisais exactement la même chose que le jour précédent. La seule chose extérieure qui changeait était le repas du midi qui suivait un menu qui revenait tous les 10 jours. (je ne mangeais pas le soir, et je prenais mon petit déjeuner dans ma chambre). Le temps changeait aussi un peu. Tantôt il pleuvait, tantôt il ne pleuvait pas. C’était la mousson, donc il pleuvait pratiquement tous les jours. Pendant trois mois, je suis passé par des moments de profonde satisfaction à des moments de dégoûts insupportables, des moments d’ennui absolus à des moments de joie etc, sans ne voir aucune cause d’autre que ce qui se passait dans ma tête.

Parfois, les changements se passaient d’une journée à l’autre, parfois pendant une demi-journée ou lors d’une session de méditation. C’était totalement inattendu pour moi. Un jour j’étais en colère parce qu’il se mettait à pleuvoir, le lendemain, j’étais super content parce qu’il se mettait à pleuvoir. Un jour, je pensais que je voulais faire cela pour le reste de ma vie, le lendemain, je détestais chaque instant, sans qu’aucun évènement ne soit survenu qui puisse expliquer de manière rationnelle quoique ce soit. J’ai cru que je devenais fou. J’en ai parlé ensuite à d’autres retraitants plus expérimentés et ils m’ont tous répondu   » bah, oui, c’est comme ça pour tout le monde 🙂 ».

Mais en fait, j’ai compris que dans la vie de tout les jours, nous fonctionnons de la même manière, sauf que nous croyons que ce sont les circonstances extérieures qui nous influences : « Quand le gars il a dit cela, cela m’a énervé/attristé/fait rire etc.  » « C’est chouette il fait beau ! » « j’en ai marre de ce soleil, on étouffe » etc etc. Nous croyons que si il y a plus d’attaques de requins cette année, c’est parce qu’on a vendu plus de glaces. Le processus est assez subtil, mais chacun peut vérifier cette hypothèse, notre irrationalité si on se donne la peine de ralentir suffisamment pour voir ce qui se passe à l’intérieur de notre esprit.

De cette expérience, j’ai retenu qu’il me fallait un peu d’argent pour vivre en bonne santé, mais pas tant que ça 🙂 et que l’argent n’était pas la cause de mon bonheur, ni le manque, la cause de ma souffrance.

Conclusion

Cela expliquerait pleins de choses. Pourquoi les gens riches ne sont pas forcément heureux, et les gens pauvres pas forcément malheureux. Certes, il vaut mieux être riche et bien portant, mais pas pour tout à fait les mêmes raisons.

En tout cas, je crois que notre société est suffisamment riche dans son ensemble, et ce qui nous reste à faire, c’est d’apprendre à être heureux. Pour cela, il faudrait essayer de consommer moins et ralentir, mais ce n’est pas le chemin que semble prendre le train du monde. Donc, moi, je vais essayer de sauter du train le plus rapidement possible.