la mondialisation

Ce que je reproche au monde du travail (2)

la mondialisation

Le monde du travail.

L’autre jour, j’ai eu une conversation avec deux de mes amis et pour une fois nous avons parlé de nos travails et des dysfonctionnements dont nous étions témoins.

Apparemment, ces dysfonctionnements sont profonds et sources de grandes souffrances pour les usagers, les clients et aussi pour les employés. C’est une souffrance peut-être plus grande que la pression dont j’avais parlé dans un article précédent. C’est une souffrance plus grande car elle démotive les personnes qui essaient de leur mieux d’aider et de servir les clients et d’effectuer missions et tâches dont ils ont la charge. Parce qu’elle frustre les clients et usagers des services publiques qui ne comprennent plus rien, et qui voient que les choses empirent d’année en année, et parce qu’elle aliénie les employés qui se retrouvent dans une position intenable

La cause de ces souffrances semblent être l’absence de vision à long terme et les orientations qui vont toujours privilégier le court terme, pas cher mais pas forcément efficace, sur le long terme, plus cher.

Le court terme et le pas cher

Je vais tenter d’expliquer par un exemple que je connais bien (les SDF), mais le même processus existe dans d’autres secteurs du public et du privé, du secteur marchand ou non-marchand. Je vais essayer de faire simple, mais c’est difficile 🙂

Qu’est ce qu’un CHRS ?

En 1973, un outil, un dispositif a été crée qui existe toujours et qui s’appelle les CHRS, les Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale. Cet outil est un centre d’hébergement pour hommes ou pour femmes ou pour familles où sont accueillis les SDF venant de la rue. L’idée est qu’on leur donne une chambre dans un structure collective avec d’autres SDF, qu’ils ont accès à des services communs (lave linge, salle de bains, cafétéria) et à des travailleurs sociaux, (assistant social, éducateurs spécialisés, médecin, psychologue etc.). Cela permet à une personne de se poser, de se soigner, de chercher un travail, une formation et de partir avec plus d’autonomie soit vers un logement autonome (avec un travail), soit vers un logement intermédiaire (type maison-relais, résidence sociale). Cet outil a très bien marché pendant des années. Il a fait face, c’est vrai, à des difficultés : la pénurie de logement, les chocs pétroliers et la crise du chômage et leurs conséquences : moins de logements disponibles à la sortie mais plus cher, baisse des salaires et manque de travail pour les personnes peu qualifiées. C’est vrai que faire fonctionner un CHRS coûte cher mais c’était efficace, universel et cet outil était équipé pour prendre en charge presque la totalité des problèmes rencontrés par les SDF (maladie psy, insécurité, addictions, violences, sortie de prison etc) pour offrir une vraie porte de sortie.

Cet outil, certes imparfait a été petit à petit, remis en cause, parce que quelqu’un à trouver qu’il coûtait cher et qu’on devait chercher à mieux faire avec moins de moyens (cela vous rappelle quelque chose :)).

Donc, on a commencé à raboter. Quand la CMU est arrivé, quelqu’un a dit, « on ne paie plus de médecin dans le CHRS, mais on délocalise à la médecine de ville, au médecin traitant ». « Cela fera des économies et il y a forcément un double emploi ». En effet , cela coûte moins cher, et on dirait qu’il y a double emploi. Sauf, que seul un médecin sur place dans le CHRS va pouvoir insister pour que quelqu’un prenne son traitement psy, son traitement anti-addiction etc. Les CHRS qui avaient vu leur effectifs se réduire sur d’autres postes ont commencé à ne plus pouvoir accueillir les personnes malades psy venant de la rue, ceux qui avaient des addictions trop importantes ou trop visibles pour le reste du groupe (plus de la moitié des SDF ont des pathologies psy). C’est à dire, que les CHRS ont commencé à ne plus faire leur boulot et à laisser les gens le plus en besoin d’aide, sans aide, car ils n’avaient plus les outils pour les aider. Ainsi, aujourd’hui, presque tous les CHRS n’acceptent plus les malades psy, les gens avec de fortes addictions, les prostitués, les sans-papiers (parce qu’il n’y pas de solutions administratives pour eux).

A bas le CHRS, Vive….

Alors on a crée d’autres dispositifs, d’autres outils. Le dernier en date est super :). Cela s’appelle « Un chez soi d’abord ». L’idée est de prendre une personne malade psy qui vit dans la rue, avec ou sans addiction, et de lui donner tout de suite un logement dans un immeuble normal avec des voisins normaux ; et d’étayer cette mise dans le logement avec des travailleurs sociaux, assistant social, éducateurs, infirmiers, médecins psychiatres etc. (toute l’équipe au grand complet des « anciens » CHRS). Cela coûte moins cher que le CHRS (pas de bâtiment, cantine etc à gérer), sauf que cela crée d’autres problèmes, parce que certains voisins se sont retrouvés avec des personnes qui venaient déféquer devant leurs portes, invitaient d’autres sdf se mettrent à l’abri, se mettaient à dealer dans l’immeuble etc. Cela faisait désordre 🙂 et on tourne en rond. Mais bon, admettons que cela marche dans la plupart des cas, (ce qui je crois n’a pas été prouvé), je suis prêt à parier que dans quelques années, quelqu’un d’intelligent dira que : « ce dispositif coûte un peu cher » et « est ce qu’on ne pourrait pas supprimer un poste de ci de là ? ». Et on rendra cet outil devenir aussi inefficace que les autres (CHRS, Maison-relais etc..) dans quelques années. Fin de l’exemple.

Mort au RASED

Mes amis me racontèrent le même type d’histoire dans l’éducation nationale. L’aide aux élèves en difficultés est un mille-feuille de dispositifs tout aussi inefficaces les uns que les autres. Cela a d’ailleurs été relevé par la Cour des Comptes. Alors qu’il y a quelques années, on avait le RASED (en interne), les CMPP ou la guidance infantile (en externe) qui traitaient le problème à la racine. Les RASED ont été fermés. Les CMPP existent toujours, sont toujours efficaces, mais croulent sous les demandes et les listes d’attente sont très longues. Quand le gamin arrive finalement à entrer au CMPP et voir un psy, un orthophoniste ou un psychomotricien, il a perdu une à deux années. Le problème a depuis, pris de l’ampleur et a entraîné des retards importants et des pertes de confiance, des troubles du comportement grave, nécessitant une orientation spéciale. C’est deux années bien gâchées, qu’on ne rattrape pas toujours. Alors que si on avait corrigé le tir tout de suite, on aurait économisé des mois de prises en charge. Mais voilà, les CMPP, ça coute cher, alors on a tenter de faire de fausses économies en limitant leurs nombres et leurs places. D’où les listes d’attente.

Dans le privé aussi

Dans le public, la question du coût est toujours posée, car les gens verront toujours le service public comme un coût. Dans le privé, on la pose aussi, mais seulement quand l’entreprise traverse une difficulté économique. Par exemple, un récession mondiale, une hausse des produits pétroliers, une guerre dans une partie du monde. Alors la question se pose, et en général, on supprime des postes et on crée un nouveau dispositif ou on externalise. Dans le meilleur des cas, on ne remplace pas les départs à la retraite, et les services tournent comme ils peuvent. L’effet pernicieux, est que l’on perd des compétences. Car encore une fois, le salarié est vu surtout comme un coût dans ces périodes. La conséquences de cette perte de savoir faire, est que quand l’activité peut repartir, quand la crise est passée, on n’a plus personne capable de faire le boulot, donc on fait appel à l’extérieur, et cela coûte beaucoup plus cher et on prend du retard. Boeing a fait face à ce problème il y a quelques années, et quand l’activité est repartie, ils ont venus débaucher des salariés d’Airbus. On voie très bien que le problème n’est pas que français, pour une fois. Depuis, Airbus a décidé de faire comme Boeing 🙂

Je prends le pari que la France ne profitera pas beaucoup de la baisse de l’Euros et la baisse du pétrole, car nous avons perdu nos compétences. Les Allemands  ont réagit différemment lors de la dernière crise en faisant le gros dos. Ils ont gardé le personnel mais ont utilisé le chômage technique, parce qu’ils savent que sur le long terme, ils y gagneront. « Sur le long terme », tout est dit.

Ce que je veux pointer dans cet article beaucoup trop long pour risquer d’intéresser quelque internaute, bien plus que les mécanismes économiques qui conduisent à ces dysfonctionnements, ce sont les pensées derrière ces décisions : il faut que tout soit rentable ou bon marché tout de suite.

Pour les salariés ou tous les acteurs, c’est terrible, car on voit les choses se désagréger petit à petit alors que le discours autour est toujours autour du progrès (« on améliore les choses avec un nouvel outil, un nouveau dispositif »). On peut devenir schizo a attendre une chose et constater une autre :). Moi qui n’était pas cynique, mais plutôt toujours partant, optimiste, j’ai appris à le devenir. Je pense qu’une grande part du malaise au travail vient de ces dysfonctionnements.

Maintenant qu’on a dit cela, que fait-on ? et quel rapport avec l’indépendance financière ?

Là, je vais plagier un bout d’article de Mister Money Mustache, sans son talent bien sûr. On pourrait (et certains le font) manifester pour demander à ce quelqu’un (l’Etat) change les choses et rendent le monde meilleur, ou on peut décider de prendre les choses en main soi-même en sortant du système  et en ne liant plus son activité à un salaire. C’est à dire en atteignant son indépendance financière.

Ainsi on peut choisir sa propre voie, ses propres outils pour être efficace et travailler à bon escient. Bill Gates, qui est certes un exemple extreme, se pose d’abord la question de l’efficacité des outils qu’il met en place dans ses actions caritatives, plutôt que de ses coûts. C’est pour ça que son association à une telle bonne réputation de rentabilité des fonds utilisés.

Je n’ose imaginer un monde où l’on consomme beaucoup moins, où tout le monde travaillerait non pas pour l’argent mais pour le plaisir d’être utile à leur communauté, où les choix justement ne se feraient en terme de coût mais en terme de service rendu. Comme je n’ose l’imaginer, je vais quand même dans cette direction, parce que tout autre direction me paraît complètement absurde.

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Pour les anglophones uniquement, c’est une autre explication de pourquoi tout va mal (et notamment le monde du travail) que je trouve assez vraie et très drôle.

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