Colimaçon

Quelles sont nos vraies motivations ?

Il est intéressant de se pencher un peu sur pourquoi on fait les choix que l’on fait, quelles sont nos vraies motivations. Il me semble que la motivation pour un projet est aussi importante que le plan et son exécution. J’avais envie de faire le point.
Bien sûr, ici, les motivations étant par définition un domaine très personnel, je ne peux parler que pour moi. Je vois pourtant trois grandes forces qui m’influencent dans mes prises de décisions.

Mes croyances
Là je dois dire que c’est plus facile à voir chez les autres que chez soi. Pourtant, je me souviens de plusieurs choses qui m’ont gardé dans une sorte de d’étau, de prison alors que ce n’était qu’une pure fabrication de l’esprit. Si vous arrivez à le voir chez les autres, c’est que vous êtes certainement victime de cela aussi. Un très bon livre qui permet de faire le point et de lutter contre nos croyances est « Les Quatre Accords Toltèques ». Dans cette catégorie, j’inclus aussi des sentiments comme la peur, la fierté, l’ignorance mais aussi l’amour, la compassion etc. Ces émotions sont souvent de courtes durées, donc il est difficile de prendre des décisions qui changent une vie et de s’y tenir avec ces seules émotions sans un esprit très stable et très fort, ce que je n’ai pas 🙂

Les habitudes
La deuxième force est l’habitude. Il y a ainsi un tas d’actions que je fais sans trop réfléchir, un peu en pilote automatique. Ce qui est une bonne chose en fait, parfois. Par exemple, quand je monte sur mon vélo, je le fais plutôt automatiquement. Par contre, d’autres habitudes sont moins bénéfiques, comme me ruer sur une tablette de chocolat quand j’ai un coup dur, acheter un livre ou un disque pour compenser une frustration.
La bonne chose avec les habitudes est qu’on peut les changer assez facilement. Il y a pleins de site qui parlent de cela. le site de James Clear par exemple, mais surtout, Tiny Habits. Ces sites vulgarisent une véritable science de nos comportements. Par exemple, pour prendre une nouvelle habitude, il faut suivre quelques principes de bases :
– Commencer infiniment petit. Par exemple, si vous voulez apprendre à faire des pompes tous les jours, commencez par une seule pompe. Si vous voulez commencer à méditer tous les jours, commencez par 1 mn par jour, ou même 3 respirations. L’important c’est de le faire tous les jours, et si vous commencez par une seule pompe par jour, la tache à faire est si ridicule que vous ne pouvez dire non. Je ne peux pas trouver d’excuse pour ne pas faire UNE pompe, ou respirez trois fois en pleine conscience.
– Ensuite, il faut déterminer une routine. Ce qui veut dire, qu’il faut faire cette action à un moment déterminé. Par exemple, après mettre laver les dents le matin, je vais méditer pendant 1 mn. Je me lave les dents tous les matins. Ça, c’est sûr. J’ai déjà pris cette habitude. Donc, je décide d’utliser ce point d’ancrage. Si je disais « je méditerai dans la matinée quand j’aurais envie », c’est le meilleur moyen pour ne pas le faire.
– Tenir cette routine (1 mn de méditation le matin après mettre brosser les dents) pendant suffisamment longtemps pour que cela devienne une nouvelle habitude, une sorte de réflexe pavlovien. Cela prend environ 3 semaines.
– Augmenter la durée petit à petit. Méditer 3 mn, puis 4 etc… Si vous avez envie de faire plus, ne le faites pas. Restez à votre idée de départ. Par exemple, vous voulez augmentez le nombre de pompes tous les deux jours. Si un jours cela vous paraît facile et vous avez envie de faire plus, ne le faites pas.  Car le jour où vous êtes moins motivé, vous aurez une excuse de plus pour ne pas le faire.
– Ne loupez jamais plus d’un « rendez-vous » avec votre routine. Si vous loupez deux fois d’affilés, vous serez en difficultés pour la suite.
– Cela peut aider d’afficher « publiquement » vos intentions. Dites le à des amis, sur Facebook, sur un blog comme moi ici, à votre époux ou épouse. Soyez comptable de votre engagement.
– Ne prenez qu’une nouvelle habitude à la fois.
Donc, voilà, ainsi, voilà un moyen de commencer de nouvelles bonnes habitudes qui prendront le pas sur les mauvaises !! Mais, il y a pleins d’autres trucs et astuces qui permettent d’aller encore plus loin, plus vite.

Les préoccupations mondaines
Enfin, la dernière force derrière nos motivations est plus subtil mais encore plus puissante. C’est surtout celle là qui me préoccupe et qui m’a le plus affecté.
Les bouddhistes parlent parfois de ce qui nous motivent dans le monde matériel en terme de « dharma mondains », traduit souvent par préoccupations mondaines. Je ne suis absolument pas qualifié pour en parler, mais ce que j’ai retenu s’applique tout à fait mon cas.
Ces préoccupations sont donc :
– la recherche de possessions matérielles,
– la richesse de compliments,
– la recherche de plaisir,
– la recherche d’un bonne réputation.
Et parmi ces quatre motivations, la plus forte, la plus pernicieuse, la plus tenace et donc la plus « dangereuse » est la recherche d’une bonne réputation.
Cela paraît un peu surprenant, car étant donné l’état du monde actuellement, je pensais que la recherche de possessions matérielles et la recherche de plaisir serait le plus fort. Mais en y réfléchissant un peu, je m’aperçois que cela est vrai, à la fois pour le monde, et surtout pour moi.
Je crois que pour moi, perdre ma réputation, avoir une mauvaise réputation ou être méprisé serait plus douloureux que d’être pauvre ou même souffrant. Ainsi, si je souffre d’une maladie, mais j’ai le soutien de mes amis, je souffrirai moins que si mes amis m’ont rejeté, non ? Quand on veut corriger une gros problème personnel (par exemple, une addiction), le plus difficile est d’admettre qu’il y a un problème. Je pense que c’est parce que cela fait mal là, sur sa propre estime de soi.
Perso, j’ai l’impression que mon estime de moi repose essentiellement de ce que pense les autres de moi. C’est complètement idiot quand j’y pense. Ma mère m’adore et d’autres personnes doivent me détester, mais cela devrait n’avoir aucun rapport avec la moyenne de mes qualités et de mes défauts.

Quand je regarde en arrière, la plupart de mes choix de vie ont été fait avec l’idée de renforcer ma réputation ou tout au moins de ne pas lui nuire. Je peux exprimer cela à l’envers. Je ne souviens pas avoir fait quelque chose consciemment en sachant que cela allait ternir ma réputation
Ce qui est encore une fois idiot. Si je regarde rapidement dans l’histoire, les gens qui ont accompli des choses remarquables l’ont souvent fait d’abord contre vents et marées, parce que le monde n’était pas prêt. Je pense à Abraham Lincoln, dont je suis en train de lire la biographie. Adolescent, il était timide, surtout avec les filles, mais cela ne l’empêchait pas de passer des heures à lire tout ce qui tombaient à porter, voire plusieurs fois au point de connaître des passages par coeur, et passé en même temps pour un mec différent et pas très populaire. Les convictions de Soeur Thérésa et Nelson Mandela n’étaient pas spécialement populaires quand ils se sont engagés dans leur combat. Ils n’ont pas eu peur de mettre en jeu leur réputation pour faire ce qu’ils pensaient devoir faire. Une bonne citation du premier lauréat du prix Pulitzer ( Herbert Bayard Swope ) est « je ne connais pas de recettes pour réussir à tous les coups, mais je connais la recette pour échouer à tous les coups : essayer de plaire tout le temps à tout le monde ».

Prendre ses décisions qu’en fonction du regard des autres est dangereux pour plusieurs raisons.
Si je devais prendre mes décisions ainsi, d’un côté, j’aurai une bonne estime de moi car les gens m’apprécieraient, de l’autre j’aurais une mauvaise estime de moi car je ne serais pas sûr de suivre mes passions. Et finalement, je crois que je passerais à côté de ma vie et j’accumulerai beaucoup de rancoeur et de regret.

Je trouve qu’en France, on est particulièrement exposé à cette crainte. D’après Pascal Baudry qui a beaucoup réfléchi sur la culture française (voir son livre vraiment remarquable et gratuit « L’Autre Rive »), le Français craint particulièrement d’être rejeté par le groupe. Il y aurait des tas d’exemples qui démontre cela. J’aime beaucoup les exemples des contes et du cinéma. Beaucoup de contes populaires français « punissent » l’individualisme ou l’envie de se séparer ou se désolidariser du clan, du groupe, de troupeau. Prenez la Chèvre de Monsieur Seguin, Pierre et le Loup etc. Dans le cinéma, on se moque souvent de celui qui est différent, du ridicule de celui qui n’est pas dans son milieu, en dehors de son groupe d’appartenance. Tous les succès comiques français sont sur ce thème : Le Corniaud, La Chèvre, Les Visiteurs, Les Ch’tis, Intouchables. Il y a une rédemption parfois à la fin : celui qui est différent peut finalement faire partie du groupe. Ainsi, donc, cela peut « coûter » de prendre des décisions qui nous différencient des autres. Pour les Américains, c’est l’inverse, voir « the little engine that coule », « Misfit islands » « Rudolph the reindeer »

Heureusement, le voyage m’a appris à moins me soucier de ma réputation et à sortir du groupe. D’abord parce que quand on voyage là où il y pas trop de touristes, on est en dehors du groupe. Et pour la réputation, c’est simple : on a aucune prise dessus quand on se promène dans un pays dont on ne comprend pas vraiment ou pas du tout le système de valeur.
De plus, on s’aperçoit que le monde est tellement vaste, la population mondiale tellement importante et diversifiée qu’on en arrive à la conclusion qu’il est impossible de plaire à tout le monde, et que cela n’apporte rien d’essayer.

Depuis, j’essaie de vivre ma vie en fonction de ce qui est important pour moi. On pourrait dire que j’essaie d’être intègre ou engagé. Cela m’a amené à me diriger vers des chemins peu conventionnels pour la « norme ».
Au fond du moi, je reste prudent et je me soucie encore pourtant de l’opinion des autres. L’anonymat de ce blog en est un exemple. Le fait que je me vante pas trop que je veux économiser 50 % de mes revenus en est un autre. Pour tout dire, je ne veux pas prendre le risque de passer pour un radin ou un grippe-sous.

Finalement ma recette est d’essayer de ressentir les choses. Et je me pose quelques questions au moment de commencer ou poursuivre une action :
– est ce je suis en accord avec moi-même ?
– est ce que cette action fait partie de qui je suis et de mon but dans ma vie ?
– Est ce je suis au meilleur de moi-même quand je fais cette action, prends cette décision.
Si je peux répondre oui à ces trois questions, alors je me fous de ce que pensent les autres, vraiment. Je sais que je vais dans la bonne direction et cela me suffit.

Sur le même thème :

2 commentaires

  1. La fin de votre post m’a fait bien sourire! En fait c’est pareil pour moi, mais j’ai remarqué que les gens pouvaient prendre cela pour de l’arrogance ou de la condescendance (mais bon je m’en fous aussi). Je crois que la société et les gens sont peu habitués à ce genre de comportement. Je me suis toujours demandé ce qui dérangeait vraiment: le fait d’être différent? Sûr de soi? Ou prendre des libertés qu’eux n’osent pas prendre?
    Je lis beaucoup depuis 2 ans sur le minimalisme (et ce genre de chose), mais j’ai découvert votre blog il y a seulement quelques jours (je lis surtout sur les blogs anglais ceci dit). Vos articles sont vraiment très intéressants, et inspirants. Je vais devoir me plonger un peu dans la partie « economie » de mon plan de vie minimaliste, pas mon point fort pour l’instant. Vos posts m’aideront sûrement, merci encore.

Les commentaires sont fermés.