Pont Saint Pierre

Qu’est ce qu’on attend pour être heureux ?

Minimalisme, frugalité et Sénèque.

Cet été, j’ai passé un peu de temps avec un ami italien, très épris de philosophie. Cet ami est particulièrement intéressé par les différences et les points de convergence enter les philosophies occidentales et orientales.
Un point de convergence semble pour lui la notion de bonheur.
Du coup, depuis cet été , je me suis mis à lire « De la vie heureuse » de Sénèque (qui était romain) pour vérifier ses dires et j’ai eu envie de rechercher des points de convergence entre minimalisme et Sénèque.
Je vais commencer donc par décrire succinctement le minimalisme et comment il permet d’avoir une plus heureuse en vivant plus frugalement, et puis je comparerais avec ce que nous dit Sénèque.

Bonheur et minimalisme

Le minimalisme est né de la société de consommation, ou plutôt en réaction à la société de consommation. La plupart des parcours de vie de minimalistes tournent autour du même thème. Par exemple, Joshua Fields Millburn raconte dans son livre « MINIMALISM: LIVE A MEANINGFUL LIFE » comment il avait travaillé avec un certain succès pendant des années à faire ce qui lui semblait logique de par l’éducation qu’il avait reçu : travailler dur, monter en grade dans sa boîte, gagner plus, se marier, faire un enfant, gagner encore plus, acheter une grande maison, de grosses voitures et remplir sa maison de « gadgets ». Tout cela pour se retrouver à 29 ans, usé, vidé, divorcé et profondément perdu et malheureux, dans une maison trop grande et trop pleine, malgré le départ de sa femme.
Il vit maintenant dans un chalet dans le Montana, passe son temps à suivre ses passions : écrire, lire, enseigner l’écriture, rencontrer de nouvelles personnes, voyager et cultiver ses amitiés.

Le fait de vider sa maison,  sa maison, de se déposséder de ses objets plus encombrants que vraiment utiles, lui a permit de reprendre pied. Il a continué à expérimenter sur ce chemin en limitant ses connections à internet, en évitant les distractions et en se concentrant sur ce qui était important pour lui. Le succès de son blog a été une surprise. Mais ce ne fut juste une cerise sur le gâteau. Tout le travail avait été fait auparavant : payer ses dettes, quitter son travail, déménager, dans un appartement plus petit, perdre 18 kilos, refaire du sport et surtout apprendre sur soi-même.

L’idée est bien de simplifier sa vie pour pouvoir avoir le temps de se consacrer sur l’essentiel pour soi-même, sur ce qui compte. Ainsi, on évite de passer à côté de sa vie et en fin de compte on devient plus heureux, avec un réel sens d’accomplissement.

Sénèque

Sénèque prônait aussi la simplification de la vie. Cela peut paraître étonnant car, il nous semble, que c’est seulement depuis la venue d’internet et du monde « vraiment » moderne, que le rythme de la vie et de nos obligations s’accélèrent. Nous avons plus de possibilités, plus de tentations. Mais Sénèque était un personnage important, précepteur du jeune Néron, et devenu son conseiller, il était devenu immensément riche (ce qui à créé des jalousies causé sa perte).  Donc Sénèque prêche dans ses écrits ce, de son propre aveu, qu’il avait du mal à mettre en place chez lui. Il était en quelques sortes l’écrivain des Stoïciens, sans complètement suivre leurs recommandations.

Sénèque faisait la distinction entre plaisir et bonheur. En fait, il reprend la distinction établie par Aristote. Aristote expliquait qu’un enfant ne peut pas connaître le bonheur. En effet, sa maturité intellectuelle ne lui permet de connaître que du plaisir.
Pour les Stoïciens, le plaisir n’est pas mal en soi, mais il conduit inévitablement à l’insatisfaction. L’âme faible cherche les plaisirs et pense trouver le bonheur dans l’attente, l’expectative de ces plaisirs. Pour Sénèque, on ne peut être heureux que pour quelque chose qu’on a fait. Dans le passé donc. On ne peut pas être heureux pour quelque chose qu’on est en train de faire, ou que l’on est en train de vivre ou pour quelque chose que l’on a ! Ca, c’est le plaisir.
Donc, le bonheur ne vient qu’en regardant en arrière. Par exemple, on passe sa vie à essayer d’élever ses enfants et par moment, c’est dur ! On n’est pas toujours rempli de bonheur quand on se réveille au milieu de la nuit pour un biberon etc. Mais au bout de 20 ans, on peut regarder en arrière et être vraiment heureux de ce que l’on a accompli. Pour Sénèque, c’est ça le bonheur, parce qu’on a fait ce qui est juste, dans ses propres mots, ce qui est vertueux.

(Petite parenthèse : pour comprendre le mot vertueux, il faut se souvenir qu’il a la même racine que le mot virilité, car ces mots partagent certaines valeurs, qualités, comme le courage. Il faut avoir du courage pour être vertueux).

Synthèse 🙂

Donc, on peut voir quelques points communs entre minimalisme et Stoïciens :

– d’abord, simplifier sa vie. Dans notre monde moderne, cela veut dire moins consommer, ou être plus réfléchi dans sa consommation. Ne pas penser que cela va nous apporter la moindre satisfaction durable. De plus, parce qu’on achète, on accumule et il faut un jour gérer tout cela : d’abord stocker, puis il faut réparer ce qui tombe en panne, remplacer ce qu’on ne peut réparer; s’inquiéter de se qu’il faut remplacer, de ce qu’on a pas encore, de ce qui n’existe pas encore et mais qu’on pourrait avoir besoin. Joshua Miller avait un gros salaire, de grosses possessions, mais aussi de grosses dettes, ce qui était une source d’inquiétude supplémentaire.

Pour aller plus loin et simplifier leurs vies, certains vont jusqu’à résilier leur abonnement à internet, rendre leur télévision, et leur smartphone. Le temps est la vraie richesse. Mais surtout ces possessions, ces instants de bonheur (l’effet « Waouh ! ») n’apportent rien de durable qu’un sentiment d’insatisfaction profond. Cela paraît complètement fou de se séparer de ce qui nous a aider à nous créer notre identité, nos valeurs, mais cela est libérateur ! Il existe pleins de méthodes pour aider à faire ses premiers pas.

Faire ce qui est juste ou faire ce qui est important. Il y a deux éléments dans cette phrase. il y « faire » et « ce qui est juste ». C’est ce que l’on « FAIT » dans le présent qui nous rendra heureux dans le futur, en regardant en arrière, en se souvenant du chemin parcouru. « CE QUI EST JUSTE » est plus difficile à définir à mon avis. Chaque religion à sa définition de l’éthique et de la moralité. Là encore, on trouve des divergences, mais tous seraient d’accord je crois avec un minimum comme : « Ne pas faire de mal et aider autrui quand cela est possible ». Dans un état laïque, l’éthique pourrait être de respecter la Loi, mais cela n’inclus pas un sentiment de fraternité avec les autres, de inter-dépendance (bien que ce soit sur fronton de nos mairies). Les minimalistes poursuivent eus leurs passions, ce qu’ils peuvent contribuer au monde, ce qui peut améliorer le monde. Ce n’est pas si éloignés.

Conclusion
Ces philosophes n’ont même pas eu besoin d’un contexte pour prouver que la société de consommation, du toujours plus, ne conduit à rien d’autre qu’à un grand vide. J’ai juste envie de rajouter que cela conduit aussi à des problèmes écologiques de plus en plus difficiles à réparer. On ne sait pas toujours ce qu’on va faire des centrales nucléaires et des déchets, et c’est la même chose avec les panneaux solaires. On peut rajouter les changements climatiques + les forêts + la bio diversité + l’écart grandissant entre les riches et les pauvres etc. Mon choix de vie peut interroger, et parfois être qualifié d’extrême, mais franchement, je ne vois rien d’extrême dans ma façon d’essayer d’orienter ma vie. Je ne vois que de la logique. Ce qui est extrême est tout ce monde qui ne sait pas dire « j’en ai assez« .

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