La Loire gelée

Peut-on être heureux et minimaliste ?

Une des objections au mode de vie minimaliste et frugal est que du coup, on ne vit plus. Cette affirmation suppose que pour « vivre » et être heureux, il faut faire l’inverse, donc dépenser de l’argent et acquérir des choses, des expériences, courir après le waouh moment et accumuler.

Faut-il acheter ou posséder ?

C’est une objection naturelle car c’est la philosophie du moment de notre monde exclusivement matérialiste. La vie est faite pour accumuler et consommer. Mais je me demande si c’est le fait de posséder un bien ou si c’est le fait d’acheter qui doit rendre heureux.

Clairement, cela ne peut être le fait de posséder. Car dans ce cas, on n’achèterait moins. Si il y a quelque chose qui nous manque pour être heureux, nous pourrions l’acheter et enfin être heureux et comblés. Clairement, cela n’est pas suffisant. Les choses que nous possédons ne nous suffisent pas. Il nous faut aller en chercher d’autres.

Si c’est le fait d’acheter qui rend heureux, je suis plus perplexe et plus inquiet. A quel moment dans l’évolution humaine, avons nous eu le besoin irrépressible d’acheter sans réel autre but que d’acheter. Cela me paraît plutôt comme une erreur, un malentendu, pas vraiment comme un acte conscient et réfléchi.

Je n’ai pas de télé mais cela m’arrive au gré de vacances chez des amis de la regarder. Je suis assez intéressé en ce moment par l’émission « Maison à vendre ». Si vous ne connaissez pas, voici le pitch. En général, il s’agit d’un personne ou un couple qui cherche à vendre leur maison mais n’y arrive pas. Il y a en général plusieurs raisons. Chez les jeunes, il a de l’encombrement du à une accumulation d’objet et des problèmes de finition (travaux commencés et non finis) et chez les vieux, la décoration est vieillotte, l’espace est occupée par des meubles anciens et le stockage de vieilles affaires qui ne servent plus. Un animateur, expert en immobilier (Stéphane Plaza) arrive pour mettre la maison au prix du marché (les prix baissent en général), la désemcombrer, la redécorer (en peignant les pièces en gris ou en taupe) et la faire les finitions. Tout cela dans la bonne humeur. (Mon moment favori de l’émission est de voir le tact et la franchise qu’il utilise pour dire aux gens qu’en gros que leur maison est pourri et trop cher et que c’est pour ça que qu’ils n’ont pas eu de visite).

C’est intéressant car on a parfois des informations sur les finances du couple ou de la personne, et on voit bien sûr l’intérieur de leur maison et ce qu’ils ont fait avec leur argent. C’est assez déconcertant pour moi de voir l’accumulation d’objets stockés dans un coin, un garage ou sur une armoire, et d’essayer d’imaginer que ces gens ont eu besoin de les acheter. Et je parle de gens relativement modestes, qui doivent voir arriver avec soulagement chaque fin de mois, la paie, la retraite ou une allocation.

Ce que je voie aussi est que ces gens ne sont pas plus heureux ou moins heureux que moi. Ils ont les mêmes problèmes, les mêmes joies, et en général, l’argent n’y est pas pour grand chose. Ce sont plutôt des expériences plutôt que des objets qu’ils semblent affectionner : l’amour entre le couple, le souvenir d’une personne, de soirée entre amis. Même les bibelots qu’accumulent certaines personnes servent à rappeler une expérience et ne sont pas beaux en eux-mêmes.

J’ai l’impression qu’une partie du monde est en train de chercher le bonheur là où il n’est pas. C’est comme l’homme qui cherche ses clés là où il y a de la lumière. Comme dans les jeux pour enfants où il faut trouver la pièce qui rentre dans le trou. On achète des choses pour voir si cela comble le trou, le vide de notre vie, et comme ce n’est pas le bon objet, on n’ose pas le jeter (vu qu’il a une valeur, on vient de le payer une blinde) et on le stocke au sommet de l’armoire ou dans le garage, et on en cherche un autre. Et ainsi de suite, jusqu’au surendettement. C’est complètement fou.

Donc la question à se poser avant de se ruer au supermarché, au cinéma ou au restaurant, est : est-ce que cela va vraiment me combler, me satisfaire ? Si la réponse est non, alors il faut chercher ce qui va VRAIMENT me satisfaire, pas juste l’effet Waouh.

Il y a des gens qui trouvent le bon objet, leurs passions. Mais je crois que beaucoup de personnes ne se posent même pas la question. Ils sont dans l’acceptation de la philosophie ambiante. Alors évidemment, ceux qui font l’inverse dérangent un peu 🙂

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