Toits de Paris

Le minimalisme en voyage

Encore un article sur le voyage. Une de mes passions. Ca me fait rêver et me motive à continuer sur ma lancée. Dans cet article je ne parle que de longs voyages, pas de 15 jours ou trois semaines, mais plutôt de plus de 2 mois, quand on n’est pas obnubilé par chaque jour et chaque heure qui passe

« Remember to take half as many clothes as thou thinkest and twice the money »

« N’emporte que la moitié des affaires dont tu penses avoir besoin, et le double de l’argent ». Extrait des 10 commandements du voyageur.

En voyage, avec l’expérience, on sait en regardant le sac de quelqu’un, à quel voyageur on a affaire. Entre ceux qui se baladent à travers le monde avec deux petits sacs plastiques et ceux qui portent péniblement deux sacs à dos bourrés (un devant, un derrière), il y a un monde.

Certes, on a rarement besoin de marcher longtemps avec son sac à dos. Pour ainsi dire, on le porte seulement de l’aéroport à l’hôtel, de l’hôtel à la gare, et de la gare à l’hôtel et ainsi de suite. Mais c’est un conseil très important : emportez le moins possible ! Moins on porte, mieux on se porte !

D’ailleurs, une fois goûté au plaisir de voyager léger, on ne peut plus s’en passer. Pour moi, bien sûr ce n’est pas venu tout seul. Lors de mon tour du monde et premier grand voyage, j’étais à San Diego, avant de traverser la frontière. Après beaucoup d’hésitation, j’ai laissé mon gros sac chez des amis qui m’hébergeaient. J’ai gardé simplement une musette que je avais préparée avec soin. Je me souviens d’avoir emmené d’Europe une foule de gadgets : une minuscule lampe de poche, une corde à linge extensible, des médicaments pour ci ou ça, et d’autres choses que je croyais indispensables et surtout introuvables ailleurs. J’avais des boites pour les ranger et pour qu’ils prennent le minimum de place. Je voulais ainsi les retrouver facilement. J’avais ainsi une section « salle de bain », une section « cuisine », « lessive », chambre à coucher » etc.

Et puis après quatre semaines de voyage prudent au Mexique, je suis arrivé à Oaxaca très tôt, et très fatigué, à cinq heures du matin. J’avais fait 17 heures de train et 6 h de bus pour venir de Morelia. J’ai donc dormi deux heures sur une chaise dans la gare routière. Puis vers sept heures, j’ai marché en ville pour prendre un petit-déjeuner. Il était trop tôt pour trouver un hôtel sans payer une nuit supplémentaire. Je me suis assis tout seul sur la terrasse d’un café qui venait d’ouvrir sur le zocalo principal. J’ai mis le sac sous ma chaise. Je savourais l’air matinal non pollué et je sortis mon carnet de notes pour écrire. Un groupe d’Américains est passé juste derrière moi. Je les ai trouvé drôles ou plutôt incongrus avec leurs bobs, leurs caméras vidéos et appareils photos. Ils étaient bien sûr en shorts et T-shirts, malgré la fraîcheur du matin à 1500 m d’altitude. Ils faisaient un peu « tâche ». Je n’avais pas vu de touriste, ni aucun gringo d’ailleurs depuis 3 semaines.

Quelques minutes plus tard, je me suis levé pour aller aux toilettes. Et en me levant, je me suis aperçu tout de suite que mon sac n’était plus sous ma chaise ! Disparu, envolé ! Volé ! Après vérification auprès du serveur, il a fallu que je me rende à l’évidence, je me suis retrouvé les mains dans les poches. Je garde toujours sur moi tout mon argent et mes papiers ; donc ce n’était pas vraiment dramatique, mais plutôt frustrant. J’ai payé mon chocolat chaud et pris une chambre d’hôtel sans un seul sac. Je n’ai même pas pu prendre de douche car je n’avais pas de serviettes, pas de change. Donc, je suis ressorti aussitôt faire des courses.

Cela s’est avéré, en fin de compte, une très bonne expérience. Je n’ai pas pu, bien sûr, remplacer tout ce que j’avais perdu, mais pour 50 pesos (7 $), j’ai pu acheter au marché un petit sac et de quoi m’habiller, me laver et me sécher. Mais surtout, je me suis aperçu au bout de quelques jours que je n’avais besoin de rien d’autres. Tous ces gadgets que je croyais indispensables étaient en fait plutôt inutiles. Donc j’ai gardé l’habitude et maintenant, je n’ai même plus peur de me faire voler mon sac ! Parfois, j’ai même envie de le perdre, pour pouvoir repartir encore plus léger, plus libre.

Il y a un tas de petits avantages à voyager léger :

– un petit sac est plus facile à surveiller. Il ne vous quitte jamais, même pour monter dans un bus bondé. Il reste avec vous, bien au chaud à l’intérieur et non pas sur le toit sous la pluie, par exemple.

– Chercher un hôtel devient nettement plus agréable et si on quitte la ville le soir, il n’y a pas besoin de revenir chercher ses affaires en fin de journée.

– Faire son sac le matin devient presque un plaisir.

– Il est facile de prétendre aux hordes de « touts » (rabatteurs) que l’on a déjà un hôtel en expliquant que le reste de ses affaires est d’ailleurs là-bas.

Alors la question reste, que faut-il emporter ?

La réponse est complexe et sera différente pour chacun bien sûr. Elle dépend d’ailleurs de la raison pour laquelle vous voyagez.
Mais voici une petite liste de choses que je trouve nécessaire à mon confort.

Pour un pays chaud :

2 slips, 2 T-shirts, 1 petite serviette, 1 veste légère ou un blouson léger, 1 pantalon léger et/ou 1 short qui fait d’ailleurs office de maillot de bain, 1 paire de chaussure (avec 2 paires de chaussettes) ou sandales (pas besoin de chaussettes), un saree (genre de grand drap teinté) pour dormir, un chapeau.

1 rasoir, 1 savon (pour le corps et la lessive) dans une boite à savon, 1 brosse à dent et du dentifrice, 1 déodorant.

Aspirines, préservatifs, crème anti-moustiques (je m’en passe de plus en plus).

Pour un pays plus frais :

Je rajoute 1 sweat-shirt, 1 pull, 1 paire de grosses chaussettes (je porte une paire fine dessous), un jean, un duvet. Je pars avec une paire de sandales et une paire de chaussures.

Tous mes papiers, passeport, ticket d’avion, argent sont répartis sur moi dans une pochette antivol sous les vêtements et dans une ceinture en cuir avec une fermeture Eclair à l’intérieur de la ceinture. Je porte un sac banane avec un guide ou une carte locale, un couteau et lunettes de soleil, parfois un bout de ficelle.

Sur cette liste, on peut à ajouter pour certains un journal pour écrire (source des bons souvenirs), stylo, carnet d’adresses (avec pleins de places libres) et peut-être un appareil photo (pour impressionner les copains au retour) et/ou de quoi dessiner.

Je lave mes affaires au fur et à mesure en même temps que je prend ma douche le soir. La lessive n’est plus une corvée. D’ailleurs à propos, j’ai souvent l’impression que les gros sacs transportés par certains backpackers ne contiennent que du linge sale.

J’ai travaillé quelque temps avec un Suisse de plus de 60 ans qui part toujours en voyage pratiquement les mains dans les poches. Chaque jour, quand il se douche, il lave les affaires qu’il porte et les laisses sécher sur lui, bien essorées. Il m’a dit qu’il avait pris l’habitude à l’armée.

« Tu comprends, m’expliquait-il, quand tu arrives quelque part, tu as toujours envie d’acheter un tee-shirt ou un short qui te plaît, alors ça ne sert à rien d’emporter des fringues. »

Je ne suis pas aussi extrême que mon ami suisse, mais je n’emporte pas de mousse à raser, d’après rasage, de papier hygiénique, de coton tige, de crème solaire, de crème après solaire, de shampoing, d’après shampoing, de peigne etc.

J’ai appris à m’en passer petit à petit. Je n’ai rien découvert, je n’ai fait que copier ce que beaucoup de gens font à travers le monde. En voyageant dans des pays moins pollués, en mangeant plus lentement et plus sainement, en apprenant à se laver correctement (c’est à dire très souvent, en frottant, mais sans savon), en perdant beaucoup de stress, on remarque que notre corps fonctionne mieux, qu’il produit moins de toxines, qu’il arrête de sentir mauvais, que les cheveux restent propres. Mais il faut le faire pour le croire (j’entends d’ici des sarcasmes). Ne pensez pas non plus que vous êtes un cas particulier (« J’ai une peau comme ceci, une barbe comme cela etc. »). On est tous fait de la même matière, et ce qu’on a besoin ici en Occident, peut s’avérer complètement inutile ailleurs.

Je pars sans livre, ni musique. Je voyage pour apprendre, pour m’ouvrir. Donc je découvre des livres et j’écoute la musique au grès des rencontres.

Pareil pour l’ordinateur, le téléphone. Je suis un peu vieux jeux et il est vrai qu’un téléphone peut être très utile pour réserver une chambre, un billet etc.. Mais je recherche pas la facilité, ni l’efficacité, mais plutôt la spontanéité.

Vous pourrez compléter, échanger ou vous débarrasser de votre bagage, au fil du voyage.  Parfois il faudra acheter un pull, une moustiquaire, de la crème solaire. Pas de problème, si on en a besoin, on le trouve sur place, et souvent moins cher. Je ne comprend pas les gens qui préparent leur voyages en cherchant partout le truc impossible à trouver en Occident, car inutile, alors qu’on peut le trouver en sortant de l’aéroport pour une fraction du prix.

Si un jour, dans un pays riche, vous avez besoin de vêtement , faites les magasins d’occasion ou de charité. Dans tous les pays riches, il y a des pauvres, donc il y a toujours un moyen d’acheter bon marché.

Il faut se rappeler que quand le sac est léger, la tête le devient. Cela prend un peu de temps pour y parvenir, mais encore une fois, le jeu en vaut la chandelle.

 

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