Coucher de soleil hiver

Le futur de la société

Je suis en vacances pour quelques semaines sans ordinateur, sans accès à internet et sans suffisamment de temps pour écrire de nouveaux articles. Je ferai les bilan du mois de décembre et de l’année 2014 à mon retour. Donc j’ai préparé cet article il y a quelques semaines.

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Je parlais à une amie historienne, d’origine américaine, à propos des derniers évènements survenus aux Etats-Unis. Je lui demandais son avis en tant qu’américaine et française et elle m’a répondu ainsi : « Au delà du problème de racisme, il y a une chose que vous ne prenez pas en compte en Europe dans vos analyses pour comprendre le comportement de ces policiers, c’est que tout le monde est potentiellement armé là-bas, ce qui fait que la moindre altercation peut être tourner drame. Quand je suis arrivé en France, j’étais paniqué quand je voyais deux personnes se disputer dans la rue, parce que j’avais gardé dans ma tête que l’un deux auraient pu sortir un flingue et tuer l’autre sur place. »

Nous avons discuté ensuite des similitudes et différences de nos deux sociétés à propose de leur degré de violence. J’ai appris que le climat de violence est un phénomène relativement nouveau. Dans les années 80, la violence aux Etats-Unis n’était pas si prégnante. Elle s’est considérablement aggravée depuis 10 ans, c’est surtout sa nature qui a chanté. Il y a 15 ans, il n’y avait pas de fusillade dans les écoles dans les universités, les cinémas. La violence est de plus en plus tournée vers les personnes. Colombine est arrivé en en 1999. Le FBI enregistre une grosse augmentation de ces drames dans les 7 dernières années (source). En France, nous n’avons pas autant d’armes et nous pensons que nous serons toujours à l’abri de ces évènements. Sauf que l’évènement de Créteil, où un couple attaqué chez lui, pas que pour l’argent mais pour agresser personnellement, nous rappelle déjà d’autres faits, notamment le « gang des barbares ». Des faits semblables avaient commencé aussi il y a une vingtaine d’année aux USA. Mon amie avait failli en être la victime en 92. Ces évènements se répètent en France et la criminalité envers les personnes est aussi en hausse (source).

Ce qui m’importe ici, n’est pas de savoir si la société est plus violente ou pas qu’il y a plusieurs années, mais je voulais surtout parler de la peur, plus importante de nos jours. J’ai parlé dans un précédent article sur les causes et les conséquences économiques de la peur en parlant de la précarité. Je veux parler maintenant des conséquences sociétales de cette peur. Comme je l’avais indiqué, la précarisation du monde du travail ajoute à notre sentiment d’insécurité et à notre stress ambiant. Mais cette précarisation a des conséquences encore plus pernicieuse, et il me semble que les effets à venir sont déjà connus car ils sont déjà là, aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique.

L’économie impacte notre société…

D’abord, il y a bien le constat de nouveaux facteurs macro-économiques : une plus grande inégalité dans notre société, les riches deviennent plus riches, et les bidonvilles apparaissent au portes de nos villes. Certes, il y a des filets de secours (minima sociaux : RSA, ASS etc), mais la pauvreté se manifeste par d’autres aspects, comme la difficulté d’accéder au logement, au travail, à la santé. Pour travailler avec des populations défavorisées, je sais que les obstacles à l’accession à ces droits ne sont pas que financiers, il y des freins à tous les niveaux, internes (les responsabilites sont parfois effrayntes) et externes (paperasses ad;inistratives sans fin).

L’inégalité macro-économique se manifeste aussi sur le territoire. Certaines régions s’en sortent mieux que d’autres. Et beaucoup de gens décident de déménager, de partir. Toulouse, Lyon, Nantes accueillent chaque années 10000 nouveaux habitants venant d’autres départements limitrophes ou beaucoup plus éloignés. C’est un phénomènes assez récents il me semble dans les mentalités. Les gens semblaient plus attachés à leur régions, à leur famille, et ne pouvaient envisager de tout recommencer ailleurs.

De plus, ceux qui travaillent, travaillent plus en plus, il me semble, et de manière moins structurée. Mon amie est indépendante, et travaille à la maison. Elle essaie tant bien que mal de garder une séparation entre sa vie professionnelle et sa vie de couple. Mais elle s’aperçoit de plus en plus, qu’elle reçoit des mails pro en semaine à 11 heures du soir, le dimanche matin et ou le dimanche soir. Ses clients travaillent à ces heures là.

J’ai un autre exemple : dans les années 80, il y a eu des séries de grève des transports à Paris et sa région qui ont duré plusieurs jours et qui étaient très suivies. Ce qui a obligé les banlieusards, dont je faisais parti, à se débrouiller par eux même. Je me souviens qu’un soir mon père me proposa de partir très tôt sur Paris en voiture, c’est à dire à 6 h 30 du matin pour garer la voiture à une station de métro et continuer en métros qui n’étaient pas en grève. Nous sommes partis comme prévue et 30 mn plus tard, nous sommes arrivés au métro sans encombres. Il y avait plus de voitures que normalement à cette heure mais c’était loin d’être bloquée. Des années plus tard, en 99, j’ai du prendre la route pour repartir de Paris vers la province un lundi matin.  Ayant habité 10 ans en Angleterre, je ne m’imaginais pas le changement. Je suis parti donc à 6 H 30, en en pensant être large, pris l’A86 et 200 mètres plus loin, je me suis retrouvé bloqué dans un embouteillage de banlieusard se rendant à leur travail. C’était un lundi normal sans grève. En 2014, je n’habite plus Paris, et je n’ose imaginer la circulation.

… nos valeurs

La conséquence de tous ces changements (plus grande amplitudes horaires, décalage, travail le dimanche déménagement) est que les familles sont séparées, les liens inter-générationnels se disloquent, les savoirs normalement transmis dans la cellule familiale (élever les enfants, cuisiner, bricoler…) se perdent. Les gens sont plus seuls, ont moins de soutiens.

On sait très bien où cela conduit car toutes ces choses se sont déjà passées dans les années 80 aux USA, l’air de la voiture reine, de la construction des banlieues sans fin… Les mentalités ont  changé en conséquences. Aujourd’hui, les Américains se considèrent d’abord comme des individus, responsables de leur propre choix, ne pouvant compter que sur eux-mêmes, et pas forcément faisant d’un groupe proche solidaire. En France, ce réseau proche existe encore (mais pour combien de temps ?).

… et nos comportements.

L’oeil d’une personne étrangère est intéressant. Mon amie américaine décrit ainsi une division dans notre société. Il y a le monde du « tu » et le monde du « vous ». Le gens qui se disent « tu » forment un groupe d’entraide possible. Et c’est vrai que je peux presque tout demander à mes amis à qui je dis « tu », et eux peuvent me solliciter tout autant. Par exemple, un coup de main pour déménager. Justement, lors de mon dernier déménagement, j’ai même refusé du monde :). A l’inverse, j’avais été assez choqué lors d’un séjour à San Diego (Californie) dans les années 90. J’ai visité une amie anglaise qui m’a expliqué pendant 2 jours, combien elle était bien aux USA, qu’elle s’était bien intégrée, qu’elle avait plein d’amis et qu’elle passait de super soirées après le travail. Sauf que justement elle devait déménager, et que justement, pas un ami n’était dispo pour l’aider. Je ne suis même pas sûr qu’elle ait osé leur demander et eux ne sont pas inquiétés de savoir si elle avait besoin d’aide. Et c’est bibi qui s’est tapé le déménagement le 3ème jour :).

Mais les choses sont en train de changer, pour les raisons expliquées plus haut.

Je me pose souvent des questions sur les réseau sociaux. Ce besoin de partager tout et n’importe quoi, minutes par minutes, ce besoin de connection, de communications trahit pour moi (ce n’est que mon opinion) un manque de rapports plus profonds entre les gens. Il me semble que les gens qui vont sur Facebook (et moi le premier) le font parce qu’ils se sentent seuls à ce moment, et que surtout il faut y remédier.

Un autres aspect de notre société qui change comme outre-atlantique est la pauvreté de la pensée courante. Je ne sais pas si vous avez remarqué en regardant les séries américaines la pauvreté des dialogues, du vocabulaire, de la pensée. Les phrases sont courtes, les idées aussi. Les séries anglaises (Sherlock, Dontown Abbey par exemple) montrent un niveau de  vocabulaire, une autre subtilité. (je ne regarde pas les séries françaises, donc je n’ai pas d’avis). Et on sait très bien que « La langue est ce qui construit notre pensée, notre conscience, notre rapport à l’autre. Celui qui ne la maîtrise pas, en tout cas pas suffisamment, se met en position d’exclusion sociale » ou d’après Jacqueline de Romilly : « La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle.” (source).

Il y a ainsi le changement des idoles, des exemples. On a eu dans les médias l’Abbé Pierre, Coluche, à la rigueur Yannick Noah. Maintenant on a Loanna et Nabila. Les premiers ont eu des positions politiques claires et intelligentes, certains ont été à l’origine de changements législatifs. Imaginez vous les opinions politiques de Loanna ou Nabila ? D’accord, je force le trait, mais je trouve que l’on (nous, société) aime de plus en plus ce qui nous choque, quitte à regarder la médiocrité, plutôt qu’à s’élever.

En quoi cela concerne un blog sur l’indépendance financière ?

Alors pourquoi je dis tout cela ? Quel rapport avec l’indépendance financière ? Je trouve justement qu’il y a un rapport, certes ténu. La recherche d’indépendance financière est une sorte de lutte contre la précarisation de la société. Il ne s’agit plus de subir ces changements sociaux mais de lutter contre, d’aller contre courant, d’en créer d’autres.

Ne plus être l’esclave d’un travail, mais maîtriser le temps pour les rapports humains, pour ce qui est important pour nous, choisir où et comment l’on veut vivre et ne pas faire des choses qui sont contraintes. Tout cela est une antidote à la peur ambiante, à la précarisation, à la perte de repères, au toujours plus et en fin de compte à une certaine violence. Je ne crois pas au grand soir, mais je crois que chacun de nous peut affecter la société dans lequel il vit et ainsi influencer l’évolution globale. Je crois en l’effet papillon.

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