GRAFFITI DE LONDRES

Informations et minimalisme

GRAFFITI DE LONDRES

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Peut-on faire un parallèle entre informations et minimalisme ?

J’entendais l’autre jour dans une émission de radio quelqu’un dire que nous étions dans l’âge de l’information. Et je crois que c’est vrai. Nous n’avons jamais été autant abreuvés d’informations et l’information n’a jamais été aussi facile à trouver, un peu comme les biens de consommation courante. Et je me demandais s’il ne fallait pas essayer d’appliquer les principes du minimalisme à ma consommation d’informations.

Informations

Je me souviens d’un temps, que les jeunes de 20 ans …, où l’information n’était pas aussi disponible avec deux clicks (un pour le navigateur et un pour Wikipedia 🙂

Pour faire un exposé de groupe à l’école, il fallait se rendre au CDI de l’école. Pour vérifier une citation, il fallait chercher dans le dictionnaire l’auteur supposé et espérer que la citation y soit. Pour se documenter sur un sujet un peu obscur, il fallait soit aller à la bibliothèque municipale (si on habitait en ville) ou avoir une conversation avec le libraire avant de commander un livre qui pourrait répondre à notre besoin.

Bien sûr, nous recevions de l’information, tous les jours dans les journaux, à la télé, à la radio. Je remarque d’ailleurs que les articles dans les journaux étaient souvent mieux écrits que de nos jours. Comme on ne pouvait cliquer sur un lien pour vérifier les sources, ou avoir un avis opposé, l’auteur souvent faisait l’effort de mentionner les différents points de vue sur un sujet et pouvait laisser ou non le choix au lecteur de faire son opinion.

Bien entendu, je parlais d’un monde sans internet, voire sans ordinateur.

Aujourd’hui, je suis abasourdi souvent quand je lis un article ou j’entends une nouvelle à la radio par l’absence de contexte, par le pauvre choix des mots, par la recherche de l’émotion à tout prix. Le journaliste semble souvent chercher le conflit, l’émotion, l’extraordinaire. Je suis au contraire d’avis, comme disait l’autre, que « ce qui est exagéré est insignifiant ».

Aujourd’hui à l’heure d’internet, nous sommes abreuvés d’informations mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Donc, si on veut être rationnel, il faut faire un tri en ce qui semble important et juste et… tout le reste.

J’ai renoncé quelques pièges courants. J’essaie de les éviter mais je tombe souvent dedans, soit en tant que lecteur, auditeur ou en tant qu’auteur (et dans ce cas, je présente mes excuses).

  • Les études d’observation et les essais randomisés contrôlés. J’avais déjà écrit un article sur ce sujet dans ma série sur le régime Paléo. Mais je viens de voir cette vidéo de David H. Newman (malheureusement en anglais) qui montre l’utilisation des médias de ces deux types d’études et les conséquences sur notre santé.

  • Les biais de confirmation « désignent la tendance naturelle qu’ont les personnes à privilégier les informations qui confirment leurs idées préconçues ou leurs hypothèses (sans considération pour la véracité de ces informations) et/ou d’accorder moins de poids aux hypothèses jouant en défaveur de leurs conceptions. En conséquence, les personnes rassemblent des éléments ou se rappellent les informations mémorisées, de manière sélective, et les interprètent d’une manière biaisée. On dit aussi que les personnes « tirent la réalité » à elles. » Cette définition de Wikipedia me convient tout à fait. Les gens sur les plateaux de télévision, dans les livres informés, dans des articles de blogs (comme le mien) citent parfois des études qui les arrangent, mais ne vont pas parler de celles qui ne les arrangent pas. Le pire est souvent dans les forums de discussion. Et ce n’est pas bien, ni vraiment aidant pour celui qui cherche à s’informer.
  • L’ethnocentrisme : juger une autre culture seulement à travers les valeurs et les normes de sa propre culture (Wikipedia en anglais traduit par oim). Cela permet d’enlever le contexte. En général, c’est pour faire du sensationnel. « Il mange du riz trois fois par jour, à tous les repas !!!!! ». Sauf qu’en Thaïlande par exemple, cela n’a rien d’exceptionnel. Ce cas est assez facile à relever. Mais les différences culturelles sont parfois très subtiles et peuvent être difficiles à relever, parfois c’est une mauvaise traduction qui nous trompe. Les Américains interviewés commencent souvent leurs phrases par « I think that » « Je pense que », avec une grosse intonation sur le « I », un peu comme pour dire « Je pense personnellement ». Cela fait arrogant souvent pour un Français. Et bien non, c’est plutôt une recherche d’être humble en disant quelque chose comme « ce n’est que mon opinion personnelle, et je ne suis pas grand-chose ». Un Français commencera la phrase différemment pour convier le même message, par exemple en utilisant le « On » ou le « Il est » pour éviter de se mettre pas en avant, n’est-ce pas ? Les Américains font donc exactement l’inverse. Donc on peut très vite mal comprendre ce qui est dit ainsi.
  • Pourcentage relatif et absolu. Un de mes sujets favoris. La règle, c’est qu’on utilise les pourcentages relatifs parce qu’ils paraissent plus sensationnels mais ils ne veulent rien dire si on ne connaît pas le pourcentage absolu. De quoi s’agit-il ? Je n’ai pas trouvé d’exemple en français donc je vais me lancer tout seul. (Pour ceux qui parlent anglais, la vidéo plus haut répondra à vos questions). Admettons qu’une étude montre que boire un verre de boisson alcoolisée par jour augmente deux fois plus le risque de cancer du bras gauche, cela paraît un gros chiffre. C’est le pourcentage relatif. Il faut se poser la question « deux fois plus de risque par rapport à quoi ? ». Si une personne a normalement le pourcentage de risque d’avoir le cancer du bras droit de 1 pour 100 000 personnes, cela fait un risque de 2 pour 100 000 personnes. Cela ne paraît pas si important maintenant ! Une augmentation de 50 % du risque revient à avoir 1,5 pour 100 000 personnes avec un cancer du bras droit. Si 5000 sur 100 000 personnes risquent normalement d’avoir le cancer du bras droit, cela fait une augmentation à 5000 personnes sur 100 000 personnes de plus pour un risque deux fois plus élevé. Cela est plus significatif; non ?
  • Les financeurs : Quand une étude sort, il est toujours intéressant de savoir qui la financée. Il y a quelques années, Nike sortait ses chaussures Air, en gros des chaussures avec des bulles d’air. Ils firent des recherches pour tenter de montrer que c’était mieux, et que cela évitait les blessures. Mais en fait, finalement, ce n’est pas sûr que ce soit le cas. C’est peut-être plutôt l’inverse. Comme souvent, les résultats des études sont différents selon celui qui les finance. Donc, encore une fois, difficile d’avoir la bonne information.
  • Google. Un dernier biais de confirmation qui mérite un paragraphe pour lui tout seul et qui m’exaspère : le moteur de recherche Google. Car il va biaiser le résultat des recherches selon mes préférences. Ainsi, si j’ai fait plusieurs recherches sur régimes paléo, et si j’ai suivi de nombreux blogs consacrés à ce régime, si je pose la question « meilleur régime pour courir le marathon », des articles écrits par des fans du régime paléo vont apparaître en premier.

Et minimalisme

Alors que faire ?

Je crois qu’il est important comme pour les choses matérielles de faire du tri et d’être sûr que ce que m’apporte une vraie valeur, ne m’encombre pas l’esprit et soit une aide à ma vie, mais pas une béquille pour masquer un mal-être. De même, que je ne veux plus faire d’achats impulsifs parce que j’ai eu une mauvaise journée, je ne veux pas polluer mon esprit avec la première émission de radio ou de télé qui passe.

J’ai adopté ces comportements depuis quelque temps. Ce ne sont pas des règles, mais un résumé de mes pratiques

  • Je trie méticuleusement mes sources d’information et les sujets. En ce moment, je n’écoute que des podcasts, cela me permet de choisir mes émissions et si le sujet du jour ne m’intéresse pas, je passe.
  • J’essaie plusieurs jours par an de ne recevoir aucune information. Je me suis aperçu après de longs voyages combien je n’avais pas vraiment manqué grand-chose pendant mon absence. Les unes des journaux semblaient dire la même chose, les noms avaient changé. C’était la même chose mais pas pareil. Mais moi, j’avais pris du recul et je pouvais plus facilement faire le tri.
  • Proscrire toute télévision en live. Cela devient de plus en plus insupportable d’ailleurs à regarder 🙂
  • Choisir avec soin ses émissions radiophoniques. Pour moi, il faut de la contradiction, dont du débat mais aussi du temps pour le faire, du calme dans le ton et des arguments démontrés. Un de mes formats préférés est l’émission « L’esprit Public » de Philippe Meyer sur France Culture.
  • Choisir ses blogs avec soin. Est-ce que l’auteur a des références ? Certes, pas besoin de référence s’il parle de son expérience personnelle, mais semble-t-il honnête ? A-t-il des intérêts particuliers ? Pourquoi est ce qu’il écrit ?
  • Si je veux être sérieux sur un sujet il faut que je me pose des questions. Qu’un auteur ait des références ne dois pas me faire croire tout ce qu’il dit. Quelles sont les sources ? Y a-t-il d’autres sources qui disent le contraire ? Qu’est ce que l’auteur a omis d’écrire ou de dire ? Je vérifie les sources moi-même le plus souvent, et ce n’est pas facile. Mais je m’aperçois souvent que sans qu’il y ait parfois tromperie, je n’aurais pas écrit les choses comme ça.
  • Je suis abonné aussi des blogs d’opinion où je sais que l’auteur a une opinion biaisé, mais je ne lis pas ces blogs pour m’informer mais pour me distraire ou me motiver.

Conclusion

Voilà où j’en suis. Cela risque d’évoluer car il y a toujours d’autres pièges de plus en plus subtils. Mais je crois que c’est notre boulot de citoyen de ne pas gober n’importe quoi.

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