Et patatras…

Pensée du jour dans le métro de Londres

Pensée du jour dans le métro de Londres

Ce matin, tout mon corps me rappelle que je suis sous tension, un stress depuis quelques semaines. Je n’arrive pas à dormir longtemps, mes rêves sont agités, tordus et désagréables. Hier je me suis claqué un mollet en courant seulement quelques kilomètres. Le bas de mon dos se fait sentir de temps en temps. J’ai pris 3 kilos en un mois.

Il ne faut pas être médecin pour comprendre que je somatise une tension qui existe surtout dans ma tête, car physiologiquement, je ne peux me plaindre de quoique ce soit.

Mais j’ai, ou plutôt ma femme et moi avons pris une décision le mois dernier, en face d’évènements qui nous touchent particulièrement.

Voilà l’histoire…

J’ai un ami, ou plutôt un frère, ou mieux, un grand frère que je connais depuis environ 20 ans. Nous sommes très proches de caractères, mais aussi de parcours de vie, bien que nous ayons une enfance, des traumas différents. La vie cabosse de manière différente chaque personne, mais pour nous, le résultat est que nous voyons les choses avec le même regard. Nous avons beaucoup en commun et nous nous comprenons avec peu de mots.

Cet ami, appelons le, L, a fait le choix il y a de nombreuses années de devenir moine bouddhiste et passe une bonne partie de son temps en Inde. Néanmoins, nous avons gardé contact. A chaque fois qu’il rentrait en France et à chaque fois que j’allais en Inde, nous passions plusieurs jours ou semaines ensembles, principalement à discuter philosophie en buvant du thé ou du café. Ma femme est venu à apprécier sa présence dans ma vie, ses éclats de rire, sa générosité sans fin, ses attentions touchantes et sa sagesse grandissante. C’est une des rares personnes que j’ai vu changer au fil des années. Vraiment changer très profondément. Je l’ai connu un peu macho, soucieux des apparences. Ces traits de caractères ont complètement disparus. Il est certes toujours très attaché à la beauté des choses et des objets, mais cela ne le concerne plus personnellement. Il est devenu infiniment humble et son esprit s’est affuté, renforcé, assoupli au contact des Lamas tibétains et des longues retraites et séances de méditations qu’il a pratiqués au fil des années.

Mais voilà, aujourd’hui, mon ami se meurt d’un cancer du pancréas, avec des métastases dans le foie. Au mois de janvier, les médecins lui ont donné entre 3 mois et 8 mois à vivre.

J’ai appris la nouvelle le 2 janvier. Nous avons été choqué bien entendu. La dernière fois que nous l’avions vu, il était en pleine forme. Il a environ 55 ans mais en paraissait 10 de moins. Je me suis rappelé aussi d’une promesse que j’avais faite à son Lama il y a 18 ans, de m’occuper de lui s’il lui arrivait quelque chose.

Alors; nous avons fait quelques calculs avec ma femme. Nous avons économisé suffisamment d’argent ces dernières années, pour que je n’ai pas besoin de travailler pendant quelques temps. De plus,  grâce l’optimisation de notre budget, à notre côté minimaliste, nous avons des dépenses fixes (remboursement prêt, voiture, assurances etc..) minimum et nous pouvons vivre facilement sur le salaire de ma femme. Enfin, nous pouvons si besoin ait, puiser dans nos économies prévues pour notre indépendance financière. Car il y a bien sûr des choses plus importantes que cela.

La décision fut prise très naturellement. J’ai posé une disposition de un an au travail, j’ai refait mon passeport, demandé un visa pour l’Inde, et je pars dans quelques semaines le rejoindre, et je resterai avec lui jusqu’au bout.

Ma femme va m’accompagner au début, puis elle rentrera au bout de quelques semaines. J’arrête de travailler d’ici 2 semaines. Avant de partir, L m’a demandé de régler quelques affaires personnelles qu’il a ici.  Cela va m’occuper jusqu’en avril.

Un an  de disponibilité

Donc, tout cela explique mon stress inhabituel, plusieurs facteurs y contribuent

  • perte annoncée d’un ami, d’un frère, d’un pilier dans me vie. Je ne sais pas ce que sera la vie sans L
  • perte d’un travail, d’une identité, d’une fonction dont j’ai souvent parlé dans ce blog. Ce n’est pas que j’ai peur d’être rien, je sais que je pars pour quelque chose d’important. C’est juste un saut dans l’inconnu, un changement d’habitude. Je vais faire quelque  chose de vague, pour une durée incertaine. Pas de but précis, au contraire, un but qui change au jours le jour et qui va m’échapper, c’est sûr. Je, personne ne contrôle rien de la situation. Et je ne sais pas si je reviendrais à la même place.
  • perte d’une source de revenus. Je vais devenir dépendant des revenus de ma femme (moi qui rêvait d’être indépendant financièrement :)). Moi qui ai l’habitude d’assumer et de ne rien demander à personne.. et d’aider. Mais là, pour aider, il va falloir que ma femme m’aide. Elle dit qu’elle est heureuse de le faire, de travailler pour moi et mon ami indirectement. Cela donne une signification particulière à son travail. Certes mais je voudrais qu’elle soit heureuse, tout court.
  • Et puis il y a le matériel… J’ai des échéances qui approchent à grand pas : des dossiers à finir au boulot, des consignes à consigner, des rapports à rédiger. Lundi dernier, je pensais : 3 semaines, et en un claquement de doigt, et on est plus qu’à 2 semaines.

Tout cela est remonté, cette semaine. Au début du processus, j’étais dans l’action, dans l’impatience de partir. Et puis, tout d’un coup, cette semaine, j’étais sur mon vélo, cela a fait clic dans ma tête et ces chose m’ont frappées. Mon corps avait commencé à réagir bien avant.

Ma femme voudrait que tout cela soit un nouveau départ dans notre vie. Je ne peux imaginer les mois après la mort de mon ami, je ne peux envisager réellement ce que va se passer, mais peut-être allons nous changer notre vie radicalement, déménager, travailler différemment. Ces évènements nous ont rapprochés, même si mon stress a des conséquences sur notre vie ici et maintenant. Il y a aura des gros changements à venir, de toutes façons.

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