La difficulté de suivre un autre chemin

Église en ruines

Église en ruines

L’hiver est arrivé enfin dans le Sud de la France. Les matins sont frisquets, les nuits fraîches mais les journées sont toujours ensoleillées et agréables.

Nous sommes en plein déménagement. Nous avons trouvé un maison à louer et loué notre appartement. Tout s’est fait très vite, en quelques jours. Quand un projet est mûr, l’exécution vient plus facilement, semble-t’il. Nous avons eu la chance de rencontrer sur notre chemin des professionnels compétents et bienveillants. Maintenant, il s’agit de faire quelques travaux (cuisines, peintures) dans notre nouvelle maison pour pouvoir y habiter pour de bon.

Suivre un autre chemin

Pour mes ex-collègues de travail ou mes amis de « la ville », nous avons fait un choix radical, voire risqué.

Pour nous, il s’agit plutôt d’une suite logique, d’une avancée sur un autre chemin, d’une direction prise il y a déjà plusieurs années. Nous voulons nous recentrer sur ce qui compte pour nous, quitte à vivre une vie plus minimaliste. Le minimalisme n’est pour moi qu’un moyen, pas une fin en soi. Si je résume comment je conçois le minimalisme : il consiste à vivre avec peu de choses, simplement, pour laisser la place aux choses qui comptent vraiment, qui donnent un sens à nos vies

Maintenant, nous sommes entre deux. Entre le début et la réussite (ou l’échec) de notre projet. Nous sommes au milieu du gué, qui est le passage le plus délicat d’une traversée. Cela risque de durer quelques temps d’ailleurs. Et au milieu du gué on est souvent seul.

Ce qui est difficile

Tout changement, toute action implique une réaction. Le début de l’année est la période des bonnes résolutions et nous sommes tous conscients que celles-ci ne dureront pas très longtemps sans un effort qui semble toujours disproportionné par rapport aux bénéfices attendus. Ce qui importe est donc de durer et de garder une certaine motivation.

Par exemple, cet été, j’ai eu l’occasion de faire une cure en médecine ayurveda de 4 semaines qui m’a fait un bien fou. Sans exagérer, j’ai l’impression que mon corps a pris dix ans de moins. Mais pour continuer à engranger le bénéfice de cette cure (assez difficile par moment), il me faut garder une certaine discipline et hygiène de vie. J’y arrive pour le moment sans trop de difficulté.

Mais, un ami anglais qui avait fait la même cure n’a pas eu cette chance. Il est retombé dans ses travers et semble être reparti à zéro. Il m’a demandé à mon avis  ce qui a fait que j’ai gardé le cap ? Ce qui m’a amené à une question plus générale : Quels sont les facteurs qui permettent d’implémenter un changement et surtout de le garder ?

Le contexte, tout est dans le contexte ?

Mon ami pensait que puisque le traitement et le mode de vie préconisés étaient indien, son implantation en Occident serait difficile. En faisant cet argument, il pointait l’importance du contexte.

Les études semblent lui donner raison. J’ai écris il y a longtemps de l’importance du contexte dans nos addictions. J’avais pris exemple de l’expérience connue des rats, du sucre et de la cocaïne. La conclusion est l’environnement est effectivement vital, à tel point qu’on ne peut dissocier l’addiction de l’environnement.

Cela corrèle une des plus grande expérience en grandeur nature fut faite dans les années 70 au retour des GI de la guerre du Vietnam. Beaucoup étaient addictes à l’héroïne. Ils ont été lâchés dans la nature, sans traitement de substitution, sans aide, thérapie etc…. ils sont juste rentrés chez eux. Un an plus, 90 % des addictes à l’héroïne lors de la fin de la guerre ne l’était plus. Juste en changeant de contexte. En quittant une situation de stress intense pour un retour la normale.

Trois autres facteurs

La science nous apprend aussi que qu’un changement de comportement aura d’autant de chance d’être suivi si :

  • les résultats sont rapides
  • les résultats sont bénéfiques
  • les changements de comportements sont faciles à mettre en place.

Ce qui explique qu’il est difficile d’arrêter de fumer par exemple, et que les changements sont difficiles dans un monde où l’on prend l’habitude d’appuyer sur un bouton ou une souris pour avoir ce dont on a besoin.

Donc, je crois réellement qu’il faut que le contexte nous force à faire ces changements. C’est comme pour l’indépendance financière, si nous adaptons notre vie à gagner plus que ce que l’on dépense, on économisera facilement.

Si nous vivons dans un contexte qui nous oblige naturellement à avoir une hygiène de vie saine, cela sera facile à garder. Cela impliquerait par exemple, de ne pas avoir de produits addictifs et toxiques chez soi, de ne pas fréquenter les lieux et les amis qui peuvent nous entraîner dans ces comportements etc…

Changing the man in the mirror

Et c’est là que la volonté personnelle doit intervenir. Ce n’est pas qu’une question d’environnement, à moins de vivre en retraite stricte, on trouve de tout partout, même en Inde. Il n’y a pas d’environnement idéal. Nous ne vivons pas dans l’équivalent d’un « Rat Park« . Tout ce qui nous fait trébucher est en vente libre.

Les addictes de l’armée américaine ont du prendre la décision d’arrêter de se piquer. Une fois qu’on quitte le centre de cure ayurveda, on tombe sur des gâteaux, glaces, sucreries, alcools seulement à quelques minutes de route. Il faut passer son chemin et tenir le cap.

Quid du minimalisme

Décider de devenir minimaliste implique des changements de comportements radicaux. Heureusement, ils sont visibles tout de suite, ils apportent une satisfaction immédiate et ne sont pas trop difficiles à mettre en place.

Par contre, les tentations existent toujours. Nous nous sommes occupés du contexte, en déménageant, en changeant de vie radicalement. Mais les démons et les tentations sont là d’autant plus que nous sommes plus « légers » et nous avons la tentation de nous alourdir « juste pour cette fois ».

Donc il faut aussi une détermination d’autant plus grande qu’il semble que tout le monde suit un autre chemin que le notre.

L’addiction la plus importante de l’homme moderne est de croire que les « choses » peuvent nous apporter un certain bonheur. La question que l’homme moderne se pose est « si je renonce à cela, puis-je être heureux encore ? ». Et vous, le croyez-vous ?

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