Archives de catégorie : Pourquoi l’indépendance financière

Pourquoi nous sommes sous pression au travail ?

Paysage d hiver

Paysage d hiver

Cette semaine, j’écoutais l’excellente émission La tête au carré qui traitait de la pression au travail. A cette occasion, Mathieu Vidard interviewait une sociologue et le rédacteur en chef de Cerveau et psycho. Leur thèse a fait écho avec mon vécu personnel. Je crois qu’ils ont touché juste. Je vous conseille, si le sujet vous intéresse, d’écouter l’émission en podcast ou sur le site de France Inter. Pour le moment, je vais reprendre les principales idées et y mettre mes commentaires. Continuer la lecture

Investir dans le bonheur

Investir dans le bonheur

Investir dans le bonheur

Qu’est ce qui fait qu’une vie est bien remplie ? Qu’est ce qu’une bonne vie ? La science essaie de répondre à ces questions.

Je suis toujours attentif à ces questions que je me pose régulièrement. J’espère y avoir assez réfléchi mais je n’hésite pas à remettre en cause mes réponses ou plutôt les réponses que j’ai fait miennes en m’inspirant de grand penseurs comme Sénèque ou le Bouddha. Continuer la lecture

Vivre ses passions !

Varanassi pendant la mousson

Varanassi pendant la mousson

On oublie souvent que l’indépendance financière n’est pas une faim en soi, mais que le but est de vivre ses passions.

Je viens de lire le dernier article de MMM, un entretien avec une avocate qui a atteint l’indépendance financière à 33 ans, c’est-à-dire en 5 ans.

C’est un peu une « dream story ». Tout s’est passé parfaitement.

Elle a fait quelques années d’études, travaillée quelques années puis s’est tournée vers sa vocation : le droit. Elle a fait une école « moyenne » et est sortie avec son diplôme et 100 000 $ de dettes due à un emprunt étudiant. Elle a trouvé un boulot à 160 000 $ par an. Elle a continué à vivre comme une étudiante, dans un T1, a préparé ses repas, n’a pas acheté de voiture, est allée au boulot à vélo, a récupéré les fringues que sa soeur ne mettait plus etc… La seule dépense supplémentaire qu’elle a eu pendant cette période, était des voyages pendant ses vacances. Continuer la lecture

Les enfants de la crise

Sur la route

Sur la route

Je suis né à la fin des années 60, en plein dans ce qu’on a appelé ensuite les 30 Glorieuses. Je n’ai pas souvenir de cette période bien sûr. Mes premiers souvenirs remontent à la crise pétrolière, à la chasse aux Gaspi, à l’installation d’un thermostat dans la maison familiale, à la chasse aux lumières allumées inutilement et aux scenarii apocalyptiques des films et des romans de science-fiction d’un monde sans pétrole.

Ma vision personnelle des 30 Glorieuses est une ère où le matérialisme était roi et pour de bonnes raisons. La France et tous les pays autour de nous étaient à reconstruire. Les tickets de rationnements avaient duré jusqu’en 1947 et les habitudes des personnes âgées avaient été altérés. Le spectre de la guerre et du rationnement encourageaient certains personnes à accumuler nourriture et boissons de quoi tenir un siège. Il n’était pas rare de voir dans les caves et les celliers de mes amis des dizaines de kilos de sucre et de farine stockés au cas où. Toute la France était à nourrir, éduquer, soigner et à équiper. Il y avait des bidonvilles aux portes de Paris, des vieillads qui mourraient de faim et les enfants et les adultes n’étaient pas beaucoup mieux traités. Plus on possédait, mieux on se portait.

Le reste du monde, l’écologie de la planète, ne comptaient pas beaucoup, le monde était si grand et les autres continents si loin.  Les voyages outre atlantique se faisaient en bateau, et vers l’Asie en sauts de puce d’avions passant par l’Egypte et l’Iran.

Pour toute personne se trouvant dans la force de l’âge à cette période, la route était claire. Travailler dur pour améliorer son train de vie, oublier le passé et être heureux en construisant l’avenir. Quand mes parents se sont mariés en 1959, ils n’avaient pas de réfrigérateur, pas de machine à laver, pas d’ascenseur pour aider à monter les landaus en haut des six étages de leur appartement, sous les toits de Paris. Mais je crois que mon père avait déjà une voiture. Comme je l’ai dit, la route était claire. Le premier achat fut une machine à laver pour soulager ma mère (c’était plutôt une lessiveuse) puis l’achat du frigo. En 1966, ils déménagèrent en banlieue nord dans un appartement neuf, avec le chauffage central, une chambre pour chaque enfant. Puis en 1973, ce fut le pavillon, la deuxième voiture, le téléphone, la télé couleur (coupe du monde de 78), le magnétoscope (coupe du monde de 82) et puis c’est tout. Le fax et l’ordinateur sont arrivés des années plus tard.

Je décris tout cela pour expliquer le contexte de mon enfance et adolescence. Il paraît totalement normal que je n’ai cherché, jeune, qu’à aspirer aux mêmes choses que mes parents. C’est à dire, travailler dur, faire le plus d’argent possible et le dépenser intelligemment pour être heureux. Je peux rajouter aussi me marier, avoir des amis, partir en vacances mais je crois que tout le monde voit le tableau.

Mais quand je suis arrivé sur le marché du travail, le contexte avait pourtant déjà changé. Il y avait la crise, 2 à 3 millions de chômeurs et les rapports entre les partenaires sociaux, les employés et les travailleurs avaient considérablement changé. Même, mon père qui était en fin de carrière commençait à ne plus se reconnaître dans cet évolution. La précarité s’est installé dans notre société. On pouvait tout perdre assez facilement semblait-il : son emploi, ses allocations chômage, sa santé etc… Le monde devenait menaçant. A l’époque les « voleurs » d’emploi étaient Taïwan et le Japon. On ne délocalisait pas encore mais on importait, surtout des voitures plus fiables.

Dans ce contexte, j’ai choisi de travailler dans un secteur qui ne connaissait pas la crise (la restauration française), j’ai travaillé aussi plus que les autres pour avoir des promotions et je suis parti m’installer dans une capitale économique particulièrement performante (Londres). Je poursuivais  toujours le même but de gagner de l’argent afin de le dépenser pour être heureux.

J’ai déjà écrit sur la façon dont je me suis rendu compte que l’argent ne pouvait me rendre heureux. Donc je ne vais revenir dessus dans cet article. Il est suffisant de dire que vu le niveau d’équipement de mon foyer, je ne vois pas comment un surplus de dépense peut apporter quoique que ce soit à mon bonheur. J’ai appris que plus d’argent ne me rendrait pas plus heureux de mon expérience personnelle.

En examinant cet expérience, je m’aperçois que j’ai vécu à un période charnière de notre histoire. Les gens avant moi n’ont pas vraiment connu la crise économique et précarité, les gens après moi, n’ont connu que ça. Certains jeunes aujourd’hui seront aussi les premiers à connaître un niveau de ve inférieur à leurs parents. C’est ce qu’on appelle le déclassement social. J’ai peur que ces jeunes risquent donc de ne pas apprendre les mêmes leçons que moi.

Donc je me demande quel pourrait être le climat ambiant qui doit influencer les jeunes actuels et les pousser vers un bonheur moins axé sur le matériel. Je vois deux courants contradictoires.

  • Il y a ceux qui ont pensent que l’argent va les aider à acheter ce qui va les rendre heureux. Les objets qui semblent actuellement faire l’unanimité sont le téléphone portable, les grands écrans plants (incurvés SVP), les grosses voitures, des vacances plus loins et plus chères, des sorties plus fréquentes. Parmi ces personnes, je pense qu’il y a deux sous-catégories, ceux qui croient qu’ils peuvent encore arriver à posséder un jour TOUT ce qu’ils auraient « besoin » pour être heureux, et ceux qui savent qu’il n’y arriveront pas à cause de la crise ou de leur manque d’éducation ou du contexte familial, sociétal géographique dans lequel ils vivent, et du coup sont pleins d’amertume, de rancoeur et parfois de colère.
  • Et puis, il y a les vrais enfants de la crise ou les petits-enfants de Mai 1968 qui n’ont plus vraiment d’illusions sur ce monde trop matérialiste. Ils savent que ce monde va droit dans le mur. Pour reprendre une analogie, ils ont l’impression d’être dans un train à très grande vitesse, mais ils savent que quelque part sur la voie, il y a un mur. Ils ne peuvent pas descendre car le train va trop vite. Alors que font ils ? Ils se mettent dans le dernier wagon. Ainsi, il y a ceux qui cherchent un bonheur malgré tout cela et/ou à améliorer les choses. Cela peut être des militants pour une cause, des écolos qui essaient de persuader le reste des passagers qu’il faut arrêter le train,  des artistes qui pensent à autre chose, des religieux qui prennent du recul, les backpackers qui profitent du paysage etc…

Je me demande si la jeunesse actuel pourrait se reconnaître dans ces deux catégories. J’ai bien peur que l’immense majorité des gens, jeunes et moins jeunes, (99 % au moins) sont dans la première catégorie. Je ne suis pas sûr que la deuxième catégorie aient foncièrement augmentée.

Métro Boulot Dodo

Retraite ou indépendance financière ?

Métro Boulot Dodo

Métro Boulot Dodo

Je voulais faire une mise au point avec moi-même et avec ce qui veulent car il est facile de confondre les concepts de retraite ou d’indépendance financière.

Quand je discute avec des amis sur mon projet d’indépendance financière, étant donné mon âge, il m’arrive de dire « Je veux prendre ma retraite à 57 ans ».

Je m’aperçois que cette phrase est souvent mal interprétée par mes amis surtout ceux qui sont encore en activité salariée.

En fait, je ne cherche pas à être à la retraite plus rapidement et je ne suis pas envieux de ceux qui sont à la retraite.

Mais je cherche à vivre mes passions, à faire ce que je suis vraiment fait pour, ce donne un sens à ma vie.

Je n’ai aucune envie d’arrêter de travailler pour suivre la prochaine coupe de monde de football/rugby, les prochains jeux Olympiques, travailler mon swing au golf ou faire toutes autres activités qui l’on attributs aux « seniors » (c’est à dire aux vieux qui ont des sous).

Oui, j’en veux au monde du travail et à la société en général de se tromper de chemin. Oui, je crois que le monde en général fait fausse route et n’a rien compris à rien et que cela a des conséquences de plus concrètes non seulement sur les pauvres de la planètes mais aussi sur nous, les pays riches (conséquences climatiques et sociales).

Mon travail actuel est intéressant et je ne suis pas vraiment en droit de me plaindre. Je ne fais pas d’heures supplémentaire, j’ai actuellement un des meilleur boss que je n’ai jamais eu et surtout j’aide des gens dans la merde, ce qui me donne une motivation supplémentaire pour me lever chaque matin.

Donc le problème n’est pas que je cherche à ne plus travailler mais je voudrais faire d’autres choses à plein temps qui ne rapportent rien, et donc je dois avoir mes propres sources de revenus. C’est tout.

A l’avenir, ou quand je quitterai mon boulot actuel, je dirais « je vais faire autre chose ».

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Smart verte

Quelles perspectives de retraite ?

Smart verte

Ce week-end, j’ai revu une vieille amie à qui j’expliquais ma démarche. En discutant avec elle, je me suis rendu compte que les choses sont très simples concernant ma situation économique et mes perspectives de retraite.

En France, de plus en plus de gens considèrent qu’il y a une fracture au travail, et qu’elle est même double. Il y a donc deux camps :

– En gros, 75 % des Français ont une situation sur le marché du travail stable, par exemple un CDI.

– Les autres 25 % sont des précaires du marché du travail, les premiers à trinquer à la moindre amorce de début de crise, les premiers dont les contrats ne sont pas renouveler et pour qui, joindre les deux bouts peut être au mieux incertains. Pour ces personnes, la poursuite de l’indépendance financière va être très très compliquée.

La fracture est double parce qu’il y a deux corrélations fortes :

– d’une part, les gens diplômés supérieurs sont ceux qui ont la situation stable, les CDI et tout le reste. (ceux de la première catégorie).

– d’autre part, les gens non diplômés (c’est à dire qui ont le BAC ou moins, oui le BAC ne vaut pas grand chose) sont ceux qui sont sans travail ou ont un travail très précaire (ceux de la seconde catégorie)

Donc premier conseil pour atteindre l’indépendance financière, avoir un diplôme supérieur, c’est encore un vrai remède contre le chômage.

Quels perspectives de retraite pour la première catégorie (et moi) ?

Alors, quand est-il des 75 % de « privilégiés » dont je fais partie. Quelles sont leurs perspectives ? Ils ont travaillé dur à l’école, quoique pas toujours, en tout cas, ils sont rentrés tard sur le marché du travail, donc ils risquent de le quitter tard aussi. En fait, c’est tout à fait ma situation. Je suis fonctionnaire après une reconversion professionnelle qui m’a pris en tout 5 ans (j’ai passé 2 diplômes d’état et 1 concours national et 2 examens d’entrée dans des écoles dans cet intervalle). J’ai 48 ans. Comme j’ai aussi voyagé pendant 4 ans sans cotiser à rien, ni avoir aucun revenu, il me manque un paquet de trimestres pour compléter les quotas :).

Mes perspectives  de retraite sont donc les suivantes. C’est très simple, j’ai deux possibilités :

– soit je fais comme pratiquement 100 % de tout le monde et je continue comme ça. (je veux dire comme je faisais jusqu’à il y a un an et demi). Je vais faire un travail que j’aime à peu près, sans trop me plaindre (parce qu’il y pire). Tous les jours, je vais me lever avec un réveil, sans avoir assez dormi pour passer 10 heures par jour absent de chez moi. Je vais rentrer crevé passer une partie de mes week-end à récupérer pour pouvoir recommencer le lundi suivant. Certes je vais prendre mes 6 semaines de congés payés (5 semaines + une semaine de RTT). Je risque de me « consoler » en dépensant mon argent dans des excursions touristiques dans des pays exotiques et en améliorant mon train de vie. Je vais certainement acheter des « iBidules » indispensables mais donc je n’avais pas besoin il y a 3 ans….et continuer ainsi jusqu’à ma retraite, à 67 ans. 67 ans, c’est optimiste, car la loi peut changer. Au moment de mon départ à la retraite, je ferai une fête car je pourrai enfin utiliser les dernières années de ma vie à faire ce qui vraiment m’intéresse en admettant que je ne tombe pas malade ou que je sois trop faible pour le faire. La dépendance des personnes âgées survient en moyenne vers 75-80 ans, cela me laisserait une bonne dizaine d’année sur toute une vie pour suivre mes passions et être au top de mon existence. Si tout va bien :).

(Presque) tout le monde me dit que c’est un choix raisonnable !

– L’autre choix est de tenter autre chose pour sortir de cette destinée dictée par des contraintes économiques auxquelles je n’adhère pas et vivre beaucoup plus tôt et plus longtemps ce à quoi j’aspire le plus.

Je sais pas vous, mais moi, je préfère la seconde option 🙂

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la mondialisation

Ce que je reproche au monde du travail (2)

la mondialisation

Le monde du travail.

L’autre jour, j’ai eu une conversation avec deux de mes amis et pour une fois nous avons parlé de nos travails et des dysfonctionnements dont nous étions témoins.

Apparemment, ces dysfonctionnements sont profonds et sources de grandes souffrances pour les usagers, les clients et aussi pour les employés. C’est une souffrance peut-être plus grande que la pression dont j’avais parlé dans un article précédent. C’est une souffrance plus grande car elle démotive les personnes qui essaient de leur mieux d’aider et de servir les clients et d’effectuer missions et tâches dont ils ont la charge. Parce qu’elle frustre les clients et usagers des services publiques qui ne comprennent plus rien, et qui voient que les choses empirent d’année en année, et parce qu’elle aliénie les employés qui se retrouvent dans une position intenable

La cause de ces souffrances semblent être l’absence de vision à long terme et les orientations qui vont toujours privilégier le court terme, pas cher mais pas forcément efficace, sur le long terme, plus cher.

Le court terme et le pas cher

Je vais tenter d’expliquer par un exemple que je connais bien (les SDF), mais le même processus existe dans d’autres secteurs du public et du privé, du secteur marchand ou non-marchand. Je vais essayer de faire simple, mais c’est difficile 🙂

Qu’est ce qu’un CHRS ?

En 1973, un outil, un dispositif a été crée qui existe toujours et qui s’appelle les CHRS, les Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale. Cet outil est un centre d’hébergement pour hommes ou pour femmes ou pour familles où sont accueillis les SDF venant de la rue. L’idée est qu’on leur donne une chambre dans un structure collective avec d’autres SDF, qu’ils ont accès à des services communs (lave linge, salle de bains, cafétéria) et à des travailleurs sociaux, (assistant social, éducateurs spécialisés, médecin, psychologue etc.). Cela permet à une personne de se poser, de se soigner, de chercher un travail, une formation et de partir avec plus d’autonomie soit vers un logement autonome (avec un travail), soit vers un logement intermédiaire (type maison-relais, résidence sociale). Cet outil a très bien marché pendant des années. Il a fait face, c’est vrai, à des difficultés : la pénurie de logement, les chocs pétroliers et la crise du chômage et leurs conséquences : moins de logements disponibles à la sortie mais plus cher, baisse des salaires et manque de travail pour les personnes peu qualifiées. C’est vrai que faire fonctionner un CHRS coûte cher mais c’était efficace, universel et cet outil était équipé pour prendre en charge presque la totalité des problèmes rencontrés par les SDF (maladie psy, insécurité, addictions, violences, sortie de prison etc) pour offrir une vraie porte de sortie.

Cet outil, certes imparfait a été petit à petit, remis en cause, parce que quelqu’un à trouver qu’il coûtait cher et qu’on devait chercher à mieux faire avec moins de moyens (cela vous rappelle quelque chose :)).

Donc, on a commencé à raboter. Quand la CMU est arrivé, quelqu’un a dit, « on ne paie plus de médecin dans le CHRS, mais on délocalise à la médecine de ville, au médecin traitant ». « Cela fera des économies et il y a forcément un double emploi ». En effet , cela coûte moins cher, et on dirait qu’il y a double emploi. Sauf, que seul un médecin sur place dans le CHRS va pouvoir insister pour que quelqu’un prenne son traitement psy, son traitement anti-addiction etc. Les CHRS qui avaient vu leur effectifs se réduire sur d’autres postes ont commencé à ne plus pouvoir accueillir les personnes malades psy venant de la rue, ceux qui avaient des addictions trop importantes ou trop visibles pour le reste du groupe (plus de la moitié des SDF ont des pathologies psy). C’est à dire, que les CHRS ont commencé à ne plus faire leur boulot et à laisser les gens le plus en besoin d’aide, sans aide, car ils n’avaient plus les outils pour les aider. Ainsi, aujourd’hui, presque tous les CHRS n’acceptent plus les malades psy, les gens avec de fortes addictions, les prostitués, les sans-papiers (parce qu’il n’y pas de solutions administratives pour eux).

A bas le CHRS, Vive….

Alors on a crée d’autres dispositifs, d’autres outils. Le dernier en date est super :). Cela s’appelle « Un chez soi d’abord ». L’idée est de prendre une personne malade psy qui vit dans la rue, avec ou sans addiction, et de lui donner tout de suite un logement dans un immeuble normal avec des voisins normaux ; et d’étayer cette mise dans le logement avec des travailleurs sociaux, assistant social, éducateurs, infirmiers, médecins psychiatres etc. (toute l’équipe au grand complet des « anciens » CHRS). Cela coûte moins cher que le CHRS (pas de bâtiment, cantine etc à gérer), sauf que cela crée d’autres problèmes, parce que certains voisins se sont retrouvés avec des personnes qui venaient déféquer devant leurs portes, invitaient d’autres sdf se mettrent à l’abri, se mettaient à dealer dans l’immeuble etc. Cela faisait désordre 🙂 et on tourne en rond. Mais bon, admettons que cela marche dans la plupart des cas, (ce qui je crois n’a pas été prouvé), je suis prêt à parier que dans quelques années, quelqu’un d’intelligent dira que : « ce dispositif coûte un peu cher » et « est ce qu’on ne pourrait pas supprimer un poste de ci de là ? ». Et on rendra cet outil devenir aussi inefficace que les autres (CHRS, Maison-relais etc..) dans quelques années. Fin de l’exemple.

Mort au RASED

Mes amis me racontèrent le même type d’histoire dans l’éducation nationale. L’aide aux élèves en difficultés est un mille-feuille de dispositifs tout aussi inefficaces les uns que les autres. Cela a d’ailleurs été relevé par la Cour des Comptes. Alors qu’il y a quelques années, on avait le RASED (en interne), les CMPP ou la guidance infantile (en externe) qui traitaient le problème à la racine. Les RASED ont été fermés. Les CMPP existent toujours, sont toujours efficaces, mais croulent sous les demandes et les listes d’attente sont très longues. Quand le gamin arrive finalement à entrer au CMPP et voir un psy, un orthophoniste ou un psychomotricien, il a perdu une à deux années. Le problème a depuis, pris de l’ampleur et a entraîné des retards importants et des pertes de confiance, des troubles du comportement grave, nécessitant une orientation spéciale. C’est deux années bien gâchées, qu’on ne rattrape pas toujours. Alors que si on avait corrigé le tir tout de suite, on aurait économisé des mois de prises en charge. Mais voilà, les CMPP, ça coute cher, alors on a tenter de faire de fausses économies en limitant leurs nombres et leurs places. D’où les listes d’attente.

Dans le privé aussi

Dans le public, la question du coût est toujours posée, car les gens verront toujours le service public comme un coût. Dans le privé, on la pose aussi, mais seulement quand l’entreprise traverse une difficulté économique. Par exemple, un récession mondiale, une hausse des produits pétroliers, une guerre dans une partie du monde. Alors la question se pose, et en général, on supprime des postes et on crée un nouveau dispositif ou on externalise. Dans le meilleur des cas, on ne remplace pas les départs à la retraite, et les services tournent comme ils peuvent. L’effet pernicieux, est que l’on perd des compétences. Car encore une fois, le salarié est vu surtout comme un coût dans ces périodes. La conséquences de cette perte de savoir faire, est que quand l’activité peut repartir, quand la crise est passée, on n’a plus personne capable de faire le boulot, donc on fait appel à l’extérieur, et cela coûte beaucoup plus cher et on prend du retard. Boeing a fait face à ce problème il y a quelques années, et quand l’activité est repartie, ils ont venus débaucher des salariés d’Airbus. On voie très bien que le problème n’est pas que français, pour une fois. Depuis, Airbus a décidé de faire comme Boeing 🙂

Je prends le pari que la France ne profitera pas beaucoup de la baisse de l’Euros et la baisse du pétrole, car nous avons perdu nos compétences. Les Allemands  ont réagit différemment lors de la dernière crise en faisant le gros dos. Ils ont gardé le personnel mais ont utilisé le chômage technique, parce qu’ils savent que sur le long terme, ils y gagneront. « Sur le long terme », tout est dit.

Ce que je veux pointer dans cet article beaucoup trop long pour risquer d’intéresser quelque internaute, bien plus que les mécanismes économiques qui conduisent à ces dysfonctionnements, ce sont les pensées derrière ces décisions : il faut que tout soit rentable ou bon marché tout de suite.

Pour les salariés ou tous les acteurs, c’est terrible, car on voit les choses se désagréger petit à petit alors que le discours autour est toujours autour du progrès (« on améliore les choses avec un nouvel outil, un nouveau dispositif »). On peut devenir schizo a attendre une chose et constater une autre :). Moi qui n’était pas cynique, mais plutôt toujours partant, optimiste, j’ai appris à le devenir. Je pense qu’une grande part du malaise au travail vient de ces dysfonctionnements.

Maintenant qu’on a dit cela, que fait-on ? et quel rapport avec l’indépendance financière ?

Là, je vais plagier un bout d’article de Mister Money Mustache, sans son talent bien sûr. On pourrait (et certains le font) manifester pour demander à ce quelqu’un (l’Etat) change les choses et rendent le monde meilleur, ou on peut décider de prendre les choses en main soi-même en sortant du système  et en ne liant plus son activité à un salaire. C’est à dire en atteignant son indépendance financière.

Ainsi on peut choisir sa propre voie, ses propres outils pour être efficace et travailler à bon escient. Bill Gates, qui est certes un exemple extreme, se pose d’abord la question de l’efficacité des outils qu’il met en place dans ses actions caritatives, plutôt que de ses coûts. C’est pour ça que son association à une telle bonne réputation de rentabilité des fonds utilisés.

Je n’ose imaginer un monde où l’on consomme beaucoup moins, où tout le monde travaillerait non pas pour l’argent mais pour le plaisir d’être utile à leur communauté, où les choix justement ne se feraient en terme de coût mais en terme de service rendu. Comme je n’ose l’imaginer, je vais quand même dans cette direction, parce que tout autre direction me paraît complètement absurde.

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Pour les anglophones uniquement, c’est une autre explication de pourquoi tout va mal (et notamment le monde du travail) que je trouve assez vraie et très drôle.

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