Archives de catégorie : Minimalisme

Cotentin

Comment je sais que l’argent ne fait pas le bonheur

Cotentin

Cotentin

Tout le monde le sait, mais personne n’y croit. Pourtant l’argent ne fait pas le bonheur, en tout cas, pas forcément. Je vais expliquer aujourd’hui comment j’ai découvert que c’était vrai. En fait le bonheur a certainement des causes, mais l’argent n’est pas l’une d’elle. En tout cas, d’après moi. Voilà pourquoi.

C’est une question importante, car c’est une des clés de la frugalité. Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que l’on peut vivre sans argent , mais de dire qu’au de-là d’un certain seuil, plus d’argent ne veut pas dire plus heureux (d’ailleurs cela a été prouvé par des recherches). Alors que des recherches essaient de prouver un seuil plafond moyen, je crois que ce seuil est différent pour tout le monde, et bien sûr on peut faire une moyenne, mais cela ne renseigne pas sur ses propres exigences. Je crois que plus on est persuadé que l’argent contribue au bonheur, plus le seuil sera haut.
J’ai défini mon seuil après de longues réflexions, mais surtout après plusieurs expériences de vie qui m’on fait évoluer sur le sujet. Commençons par le début.

Ma relation avec l’argent de l’enfance et à l’adolescence

De l’enfance à l’adolescence, j’étais bien sûr complètement ignorant sur le sujet. Mon « bonheur » (encore que certains contestent qu’un enfant puisse connaître le bonheur) ne dépendait pas de l’argent de poche que mes parents me donnaient, mais plutôt si j’avais des copains, si j’avais de bonnes notes, si j’étais choisi rapidement quand on tirait au sort les équipes, si les filles me souriaient en cachette ou pas. Donc, indice argent/bonheur = 0
Tous mes copains avaient plus ou moins les mêmes moyens que moi, de quoi aller à la piscine et au cinéma de temps en temps et de s’offrir un chocolat chaud ou une viennoiserie ou des bonbons une fois par semaine après l’école. Donc, pas d’envie, de sollicitations, de Game Boy à avoir. La télé avait au début 2 chaînes, puis trois et franchement, on était pas très intéressé à la regarder. Les loisirs, c’était le champs en bas de la rue où on jouait au foot, aux chasses à l’homme (sorte de cache cache géant par équipe), la bibliothèque municipale, la piscine municipale et le club de sport (tennis de table pour moi).

… en tant que lycéen / l’étudiant

A 16 ans, j’ai intégré l’École Hôtélière de Paris (EHP), Jean Drouand, dans le 17ème arrondissement. Mon univers à changé tragiquement. Cravates obligatoires, blousons interdits, coupe de cheveux courts, baskets et tennis interdites…. Je venais de la banlieue, je mettais normalement des Camargaises et des blousons en jeans, comme mes copains. Il a fallu que je change ma garde-robe, apprenne à faire un noeud de cravate et à marcher avec des chaussures sans lacet. Au CES, quand on se moquait de quelqu’un, on le traitait de « richman« . À l’EHP, dans le 17ème, j’étais entouré de Parisiens, pour qui mettre une chemise et une veste était habituel et qui pour se moquer de quelqu’un le traitait de « prolo« . Je me suis senti tout de suite « prolo« , et mal dans ma peau.

Ce fut les 5 années les pires de ma vie. Je n’avais pas de copains sauf deux autres banlieusards, les filles ne me regardaient pas ou de haut et je n’avais plus le temps de voir mes copains de banlieue. Je finis par les perdre petit à petit au fil des déménagements des uns et des autres. Je n’avais pas une tune, mais quelque part, je le revendiquais. Cela m’embêtait d’acheter mes fringues à C&A quand mes « camarades » de classes portaient des Weston et du Burberry’s. Je voyais bien la différence de qualité, mais je ne comprenais pas en quoi les fringues que je portais pouvaient engendre le regard méprisant des autres autour de moi.

Au travail

Mon premier travail fut à Londres. Le contraste était encore plus saisissant. J’étais payé une misère (80 £ par semaine) dans une des villes les plus chère de la planète. Il m’arrivait de voir et compter 30 Rolls Royce par jour dans le quartier où je travaillais. Mais je venais manger à la cantine du travail mes jours de congés (c’était autorisé) mais discrètement car je n’avais pas assez de sous pour faire des courses et j’avais quand même un peu honte.

Avec mes collègues, c’était aussi compliqué. Je venais d’une école prestigieuse (le chef de cuisine venait de la même, c’est pour ça qu’il m’avait pris), mais c’était une école de « riches ». J’avais un BTS, j’étais donc un  « intellectuel » (si, si). J’avais aussi un CAP mais j’avais pas fait d’apprentissage, et donc, je n’avais pas vraiment fait de cuisine. En gros, on disait de moi que j’avais appris la cuisine dans les livres 🙂 Cela a été 2 ans et demi de galère mais je me suis forgé un caractère, contrairement à l’EHP, car on était à armes égales devant les fourneaux, et je n’avais pas deux mains gauches.

Après le Connaught les choses se sont améliorés socialement et financièrement. De toutes façons, je travaillais tellement (70 à 90 heures par semaines – oui ça fait 6 fois fois 15 heures) que je n’arrivais pas à tout dépenser. Au bout de 5 ans, un divorce, une impasse dans ma carrière et une autre impasse amoureuse, j’ai décidé de prendre du recul et je suis parti voyager.

A partir de l’école hôtelière jusqu’à ce voyage, j’avais bien appris la leçon que l’argent faisait le bonheur, que plus on en a, plus on est heureux, et pour en avoir plus, il suffit de travailler plus (ah ah). Mais je me rendais compte qu’il y avait un hic, parce que effectivement je travaillais plus et j’avais plus d’argent mais je n’étais pas plus heureux. D’où mes week-end à boire des gallons de bière ou des litres de whisky-coca, à essayer de coucher avec toutes les filles qui le voulaient bien, et à faire le con sur ma grosse moto sur les routes de campagne anglaises.

Ma première moto

Ma première moto

Indice argent bonheur toujours 0, car j’avais de l’argent mais zéro bonheur.

Un autre bonheur possible en voyage

Le voyage m’a ouvert les yeux sur le fait que c’était souvent chez les populations les plus pauvres, que l’on trouvait les gens les plus souriants, paisibles et peut-être (pourquoi pas ?) heureux. Ce n’est pas vrai partout. Il faut faire la distinction entre pauvreté et misère. Les pauvres ont peu et les gens dans la misère n’ont rien. Souvent ce n’est pas une grande différence pour nous, mais pour eux, cela change tout.

J’ai vu aussi que les gens étaient souvent plus « heureux » s’ils n’avaient pas accès à la télé et au illusions, au mirage du monde occidental. En 1996, la différence était frappante entre le sud du Mexique (paysan) et le nord qui captait les chaînes américaines. Donc lors de ces voyages, le vernis de mes certitudes s’est craquelé et j’ai pu entrevoir une autre vérité. Je me suis surtout demandé si je ne faisait pas fausse route. Et puis, avec 15 $ de budget journalier, j’étais techniquement pauvre mais je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie. Conclusion indice de corrélation argent/bonheur encore égal à 0.

…et enfin en retraite

Et puis, en 1998, j’ai fait une première retraite de 3 mois. Je me suis installé dans un monastère au Népal, dans une pièce minuscule (environ 8 m carré) et j’ai commencé une routine quotidienne de sessions de méditation et de tâches « mondaines » (manger, se laver, laver ses affaires, et lire un peu). Tous les jours je me levais à la même heure et recommençait ma routine, et ce, pendant 90 jours. Le temps ralenti beaucoup dans ces conditions. De plus, j’étais en silence total, je ne communiquais que par geste et ce le moins possible. Ca été très dur mais j’ai beaucoup, beaucoup appris.

Mais une des leçons que j’ai retenu lors de cette expérience et qui a changé le reste de ma vie est que le bonheur (et la déprime, la mauvaise humeur) ne dépend absolument pas des circonstances extérieures à soi ! Cela peut être corrélé mais les circonstances extérieures ne sont pas la cause du bonheur ou de la souffrance interne. C’est comme dire que les attaques de requins en Floride sont plus fréquentes quand on vend plus de glaces (sources). Corrélation mais pas causalité.

Je ne dis pas cela parce que quelqu’un me la dit ou parce que cela suit un raisonnement logique, mais parce que je l’ai expérimenté en première main. Je m’explique. Chaque matin, chaque jour, pendant 3 mois donc, je faisais exactement la même chose que le jour précédent. La seule chose extérieure qui changeait était le repas du midi qui suivait un menu qui revenait tous les 10 jours. (je ne mangeais pas le soir, et je prenais mon petit déjeuner dans ma chambre). Le temps changeait aussi un peu. Tantôt il pleuvait, tantôt il ne pleuvait pas. C’était la mousson, donc il pleuvait pratiquement tous les jours. Pendant trois mois, je suis passé par des moments de profonde satisfaction à des moments de dégoûts insupportables, des moments d’ennui absolus à des moments de joie etc, sans ne voir aucune cause d’autre que ce qui se passait dans ma tête.

Parfois, les changements se passaient d’une journée à l’autre, parfois pendant une demi-journée ou lors d’une session de méditation. C’était totalement inattendu pour moi. Un jour j’étais en colère parce qu’il se mettait à pleuvoir, le lendemain, j’étais super content parce qu’il se mettait à pleuvoir. Un jour, je pensais que je voulais faire cela pour le reste de ma vie, le lendemain, je détestais chaque instant, sans qu’aucun évènement ne soit survenu qui puisse expliquer de manière rationnelle quoique ce soit. J’ai cru que je devenais fou. J’en ai parlé ensuite à d’autres retraitants plus expérimentés et ils m’ont tous répondu   » bah, oui, c’est comme ça pour tout le monde 🙂 ».

Mais en fait, j’ai compris que dans la vie de tout les jours, nous fonctionnons de la même manière, sauf que nous croyons que ce sont les circonstances extérieures qui nous influences : « Quand le gars il a dit cela, cela m’a énervé/attristé/fait rire etc.  » « C’est chouette il fait beau ! » « j’en ai marre de ce soleil, on étouffe » etc etc. Nous croyons que si il y a plus d’attaques de requins cette année, c’est parce qu’on a vendu plus de glaces. Le processus est assez subtil, mais chacun peut vérifier cette hypothèse, notre irrationalité si on se donne la peine de ralentir suffisamment pour voir ce qui se passe à l’intérieur de notre esprit.

De cette expérience, j’ai retenu qu’il me fallait un peu d’argent pour vivre en bonne santé, mais pas tant que ça 🙂 et que l’argent n’était pas la cause de mon bonheur, ni le manque, la cause de ma souffrance.

Conclusion

Cela expliquerait pleins de choses. Pourquoi les gens riches ne sont pas forcément heureux, et les gens pauvres pas forcément malheureux. Certes, il vaut mieux être riche et bien portant, mais pas pour tout à fait les mêmes raisons.

En tout cas, je crois que notre société est suffisamment riche dans son ensemble, et ce qui nous reste à faire, c’est d’apprendre à être heureux. Pour cela, il faudrait essayer de consommer moins et ralentir, mais ce n’est pas le chemin que semble prendre le train du monde. Donc, moi, je vais essayer de sauter du train le plus rapidement possible.

Paysage du Cotentin

L’esprit voyage à la maison

« Le Dieu oublié du voyage est toujours Karl Baedeker, bien qu’il soit mort en 1859. Ses guides de voyages ont instauré le modèle (toujours existant) des voyages dits touristiques plus attirés par les sites et les monuments que par les peuples. Sa réussite a été de trouver des sites présents en permanence, facilement identifiables, datés et classifiés selon l’admiration qu’ils suscitent….Un voyage touristique est toujours de nos jours un cours d’histoire, d’architecture, d’esthétisme, ainsi qu’une appréciation des hôtels et de la nourriture. Continuer la lecture

Café des amis-Pondicherry

Comment atteindre l’indépendance financière (2)

Il y a quelques mois j’avais écrit cet article qui semble être le plus populaire sur ce site. Cet article parlait du processus pour atteindre l’indépendance financière. Je voudrais parler maintenant de l’état d’esprit qui paraît nécessaire pour atteindre cet objectif. Mais d’abord une introduction sur le facteur chance ou le facteur réussite dans tout projet.

Prendre en compte toutes les données

J’écoutais un TED talk fabuleux (grâce aux recommandations de Angelo Coppola de Latest in Paleo), sur les chances de survie ou de réussite. Si vous parler anglais, vous pouvez écouter et regarder ce discours sur le lien plus haut, sinon, ou si vous êtes pressé, je vais résumer.

Pendant la deuxième guerre mondiale, aux US, un département de mathématiques avait été créé par l’armée américaine dans l’espoir que les mathématiques pourraient résoudre certains problèmes auxquels les généraux étaient confrontés.

Un des problèmes étaient le peu de chance de survie des bombardiers américains et de leur équipage. En gros, un équipage avait une chance sur deux de traverser la guerre sans mourir. L’idée était que si on arrivait à changer ce chiffre de quelques pourcents, on pouvait changer l’issue de la guerre. Donc, Abraham Wald se pencha sur le problème. La question de départ était : où peut-on renforcer les avions pour qu’ils résistent mieux aux tirs ennemis ? On ne pouvait pas renforcer tout l’avion avec du blindage car l’avion n’aurait pas pu décoller. Donc où était la priorité ? Abraham Wald fit tout un tas de travaux dans ce sens, sans ordi, ni calculatrice, développa des idées qui sont toujours utilisées aujourd’hui. Mais, il eut surtout l’idée de distribuer des cartes d’avions aux mécanos en leur demandant qu’ils notent où étaient les impacts de balles sur les avions qui revenaient. En collectionnant ces cartes, on s’aperçut que les avions étaient spécialement touchés au centre, à la queue et aux bouts des ailes.

Abraham-Wald-picture-of-planesLes généraux se dirent, « super, bonne idée » et commencèrent à renforcer leurs avions à ces endroits. Quand Abraham Wald appris cela, il les appela et leur dit : « Vous faites une erreur monumentale. Vous ne prenez pas en compte toutes les données du problème. Ces avions sont revenus. Ceux qui ont été touchés ailleurs que ces points ne sont pas revenus. Il faut donc renforcer les avions là, où il n’y a pas d’impact de balles ». Et c’est ce qu’ils firent. Avec les bons résultats attendus.

Pourquoi est-ce que je raconte tout cela ? Parce que ce même raisonnement peut s’appliquer sur la façon dont on regarde le succès : on ne regarde pas ceux qui ont échoué. Pourtant il y aurait peut-être plus à apprendre de ceux qui ont échoués que par ceux qui ont réussi. Je vais laisser cette réflexion ici, je la reprendrai pour la conclusion

Donc, le sujet du jour est :

Quelle qualités sont nécessaires pour atteindre l’indépendance financière ?

De ma propre expérience et en lisant cela et là des blogs sur le sujet, je suis arrivés à quatre facteurs qui paraissent important pour la réussite de l’entreprise.

  1. Avoir une ou des passions. C’est à dire, savoir pour quoi on le fait. Je l’annonce tout de suite, si on cherche l’autonomie financière pour avoir plus de temps pour regarder la télé, ne pas avoir à mettre de réveil le matin ou simplement pour ne pas travailler, j’ai peur que la motivation de départ ne soit pas suffisante et que toute l’entreprise soit un désastre. Si jamais un jour l’indépendance financière est atteinte et si vous arrêtez de travailler, j’ai peur que cela ne se passe pas bien. On met une telle emphase sur la valeur travail dans notre pays, que notre estime de soi dépend beaucoup de ce que l’on fait (malheureusement). Il m’est arrivé de ne pas travailler volontairement pendant quelques mois, et le regard de la société autour de moi était terrible. Cela n’est pas arrivé qu’à moi. Je connais plusieurs personnes qui ont fait des breaks, années sabbatiques et autres choses de ce genres, et qui ont carrément déprimé. Donc savoir pourquoi on le fait, avoir un projet sérieux, qui nous tient motivé avant et après l’indépendance financière, est une condition indispensable à mon avis.
  2. Moins consommer : la plupart des « experts » sont d’accord, ce n’est pas le revenu qui compte mais le taux d’économie. Il y a des gens qui gagnent plus de 10 000 € par mois et qui ont du mal à joindre les deux bouts, et il y a des gens qui gagnent l’allocation adulte handicapée ( 800 € par mois) et qui ont des milliers d’euros d’économisés sur un livret A. Pour avoir un bon taux d’économie il faut être un peu minimaliste. C’est à dire qu’il faut comprendre que beaucoup de nos possessions sont superflus ou de la mauvaise taille, et que, finalement, cela nous pèse, plutôt que cela nous libère. Il faut comprendre qu’à la fin, tout cela n’a aucune espèces d’impact sur notre bonheur. Pour le dire simplement, que vous alliez en vacances à Biarritz ou à Narbonne Plage, ce qui compte, c’est avec qui vous partez et non pas la taille de la piscine. On peut se poser ces questions avec pratiquement tout : la taille de notre maison, de notre voiture, de notre téléphone, de la télé. Franchement, qu’est ce que cela change à notre état d’esprit au bout de quelques mois ou années ? Je crois qu’il important d’être persuadé de cela ou l’on aura l’impression de faire trop de sacrifices, et sur une longue période de temps, ce n’est pas tenable. Le but est d’être plus heureux, pas moins.
  3. Avoir de la patience : ça c’est une qualité que je ne suis pas sûr d’avoir. C’est un projet à très long terme, 10 ans de préparation et il aura un impact sur le reste de ma vie. Je me suis déjà investit sur des projets à assez moyen terme (4 – 5 ans – voyages – reconversion professionnelle) et en quelques sortes, on l’a tous fait, en faisant nos études. Et certains atteignent l’indépendance financière en 5 ans (c’est toujours une question de taux d’économie). Mais pour la plupart d’entre nous, le délai sera certainement plus long (10 ans, voire 15 – 20 ans). Donc il faut avoir une vision à long terme.
  4. Etre heureux de ne pas faire comme tout le monde. Je dois dire que cela devient de plus en plus facile. D’abord avec la venue d’internet, il est facile de trouver des gens qui font la même chose que nous et d’avoir ainsi un soutien que nos proches ne sont pas forcément en capacité de donner. Puis pour moi, l’âge aidant, je m’embarrasse de moins en moins de savoir si je plaît ou pas. C’est assez agréable d’ailleurs. C’est fou ce qu’un peu de gris sur les tempes peut libérer. Les gens me disent « monsieur » et je peux sortir la plus grosse connerie qui me passe par la tête sans que l’on s’offusque trop :). En tout cas, je crois que c’est important de garder une indépendance d’esprit et de réflexions. Nous vivons dans une société conformiste, je dirais même une nation. On refuse de voir, de mesurer les différences. Ce qui est différent doit rester dans le domaine de la sphère privée. Etre différents rend les gens autour de nous inquiets, y compris notre famille, nos amis. Donc, il faut être prêt à susciter des désapprobations et être ok avec ça.

Donc voici quelques conseils qui paraissent suffisamment sensés, qui en tout cas reflètent mes idées et surtout celles de personnes qui ont atteint l’indépendance financière. Mais comme l’explique David MacRanay dans le Ted talk donc je parlais plus haut, je ne sais pas si cela est utile. En effet, cela ne sert pas grand chose de demander à Brad Pitt ce qu’il a fait pour réussir. Il y a certainement des gens qui sont allés à Hollywood en même temps que Brad Pitt, qui étaient plus beaux, plus talentueux, et plus motivés que Brad Pitt, mais la vaste majorité n’a pas réussie. Et personne ne leur demande pourquoi ils n’ont pas réussi. Comme les bombardiers qui ne revenaient pas, on les oublie. Brad Pitt ne pourrait pas répondre à la question : que faut-il faire pour ne pas échouer ?

Voilà quelques conseils, mais ce ne sont pas LES conseils. Il y en a certainement d’autres, et beaucoup de « à ne pas faire » qui reste à découvrir. En tout cas, l’intérêt de ce blog est que si je me plante, tout le monde saura pourquoi, et tout le monde pourra apprendre de cela 🙂

Barbie in India

A quoi ça sert d’être riche ?

Cela faisait 5 ans que je n’étais pas retourné  en Inde et près de 12 ans dans le Karnataka, état du Sud, dont la capitale Bagaluru (Bangalore) est souvent appelé la Silicon Valley indienne.

L’avantage d’un séjour aussi court (un mois), est qu’on est toujours en processus d’adaptation, et j’ai pu comparer nos deux mondes, le monde occidental et le monde indien.

Riche de droits…

Cette fois, et cela va paraître comme une banalité, j’ai vraiment pris la mesure de notre richesse, à nous, occidentaux, vivant dans un pays démocratique développé. D’abord, nous sommes riches de droits, de droits civiques, mais surtout de droits sociaux. Je parle du droit à une éducation, à la santé, au logement, à la retraite etc.. Tout ce qui n’existe pas là-bas. Parfois même, nous trouvons que les gens qui défendent ces droits en font un peu trop. J’ai eu l’occasion de rencontrer des travailleurs sociaux à Bangalore lors d’un échange arrangé par mon hôte à Bangalore. Ces travailleurs sociaux se battent pour que les plus pauvres puissent avoir droit à quelques choses, ils se battent en manifestant, en bloquant, en écrivant, en pétitionnant et pour cela ils passent souvent du temps en garde à vue, en prison, subissent des intimidations et sont mal vus car ils empêchent certains de s’enrichir en paix. Je suis revenu avec une admiration pour ces héros de l’ombre qui font l’histoire de leur pays, et qu’on entendra jamais nommés. J’ai aussi acquis une plus grande appréciation pour les « avantages acquis » ayant vu les effets d’une vie sans. Les amis chez qui j’ai séjourné quelques jours sont manifestement de la classe moyenne. Elle ne travaille pas et lui est le responsable d’une ONG. Il a une thèse en économie de la Sorbonne, a travaillé plusieurs années pour l’UNICEF, est invité plusieurs fois par an à donner des conférences en France, au Brésil et en Italie. En effet, il parle anglais, portugais, français, italien, et quelques langues indiennes ayant des alphabets différents. Ils sont propriétaires de leurs maisons, ils ont deux aides à domicile et un chauffeur. Tout a l’air nickel mais mon ami a 76 ans, et il travaille toujours, d’une part par passion mais aussi par nécessité. Il a élevé et marié trois enfants, donc trois mariages à payer. Un des enfants a eu un grave accident et il a fallu payé 6 mois d’hôpital. Mon ami, lui, a été diagnostiqué d’un cancer il y a deux ans, et les chimios, les examens ont aussi coûté très chers, vidant les économies d’une vie. Voilà un exemple de vie sans droits sociaux.

Aux USA, certains font face au manque de droits sociaux avec presque les mêmes conséquences tragiques. J’ai un ami dont la femme est atteinte d’Alzheimer. Elle a 75 ans, lui 77. Ils sont mariés depuis 52 ans. La garder à domicile devient de plus en plus problématique. Pour elle, entrer en institution coûterait 120 000 dollars par an. Lui n’a pas ce genre de revenus, étant à la retraite. Donc, il a deux solutions. Soit il paie en prenant sur les économies , son capital, dont les intérêts lui versent sa retraite, jusqu’à ce qu’il se retrouve insolvable, ruiné, et alors il aura droit au minimum vieillesse américain (« social security ») et sa femme aussi. Elle pourra alors rester dans un établissement spécialisé qui sera payé par le contribuable américain, grâce à une sorte d’aide sociale. Soit il doit divorcé, il pourra alors garder sa retraite et il pourra faire déclarer insolvable sa femme pour permettre à l’aide sociale américaine de prendre en charge les frais de séjours dans l’institution nécessaire au vue de sa condition, et lui garder sa maison, sa voiture etc… Divorcer ou se retrouver au minimum vieillesse américain seraient un drame inimaginable encore pour lui. Il a choisi la troisième solution : rester avec sa femme, l’accompagner lui-même jusqu’au bout, même si sa vie est un enfer. – Pour les gens qui se posent la question, en France, les choses se passeraient un peu différemment, car l’aide sociale française se paient avec la participation partielle et selon les ressources, du conjoint, des enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants (selon les départements) et finalement sur la succession, une fois que tout les époux sont morts. On oblige personne à se ruiner avant de prendre le relais : l’Etat avance les frais et se rembourse sur la succession.

Donc, je suis très reconnaissant et heureux que la France aient ces droits sociaux, et je crois que tout le monde devrait l’être.

Et des richesses tout court…

Nous avons aussi d’énormes richesses matérielles. Nous étions déjà riches dans les années 80. Nous sommes devenus de plus en plus riches, et aujourd’hui notre richesse est devenue insolente. Paradoxalement (ou pas), aujourd’hui, la classe moyenne indienne a la même préoccupation que la classe moyenne occidentale (accès à l’éducation des enfants, un peu plus d’argent, un peu plus de bidules/gadgets/produits de consommation, et puis une bonne santé, une retraite pour les vieux jours etc..) mais elle ne se bat pas avec les même armes et surtout elle ne part pas du même niveau. Donc, je disais que cette recherche d’accumulation de biens et d’amélioration du quotidien semble universelle.

Si je regarde ma vie et celle des autres Terriens, nous avons toujours chercher à avoir un peu plus et/ou un peu mieux, le truc qui nous manque, quoi. A 10 ans, j’ai acheté mon premier radio-cassette mono, mais à 15 ans ma première stéréo, à 18 ans ma première voiture (une Renault 12 TS de 1974), puis les autres, à 25 ans, ma première moto ( Kawasaki 600 GPZ Ninja), mon premier ordi, puis mon premier Mac…

Ce n’est pas un phénomène nouveau. En d’autres temps, les hommes avec un peu de richesse ont eu le même réflexe (avoir plus) mais achetaient autre chose : des pierres précieuses, des palais, certains cherchaient la reconnaissance et la gloire (mais comme la richesse, la gloire était aussi un signe de valeur…). D’autres, pour augmenter leurs revenus, achetaient des moyens de production, des fermes par exemple (je pense à Sénèque), ou des armées (Crésus, Pompée) pour acquérir plus de gloire et plus de richesse. Aujourd’hui, nous créons des auto-entreprises, nous cherchons un boulot qui paie plus, une promotion, nous passons un concours.

Je l’avais déjà signalé dans un autre article, tout le monde recherche 20 % de revenus en plus de ce qu’ils ont déjà. Quand on pose la question : combien avez vous besoin de gagner pour être heureux ? Ceux qui gagnent 1000 €, vont dire, en moyenne, 1200 € (« si j’avais 1200 € par mois au lieu de 1000, ce serait super !! ») ;  ceux qui gagnent 2000, vont dire 2400 ; ceux qui gagnent 5000, vont dire 6000 €, en moyenne.

La question que je me pose aussitôt est : pour quoi faire ? J’ai la chance d’avoir quelques années derrière moi et je vois bien que nous sommes bien plus riches qu’il y a 30 ans, bien plus que les 20 % « nécessaires » à être super heureux. Tous les « objets de consommation » que nous achetons se sont « enrichis », améliorés, ont eu des upgrade. Ils n’ont aucun point commun avec ce que nous utilisions à l’époque. Je parle des objets de la vie quotidienne : les maisons, les voitures, les appareils photos, les téléphones, les plaques de cuissons etc. Et franchement, sommes nous plus heureux que dans les années 80 ? Ne devrions-nous pas avoir la banane tous les jours, non ?

J’ai lu quelque part que si l’on travaillait tous à mi-temps, avec les progrès de la productivité des dernières années, nous pourrions produire le même PIB par personne que celui des années 80. On pourrait vivre avec le même niveau de richesse que dans les années 80. C’était pas si mal les années 80 en terme de confort, non ? En travaillant à mi-temps. En tout cas, la planète s’en sortait mieux.

La vraie question est : pourquoi est-ce que la majorité d’entre nous se réveille à 6h30 chaque matin par un réveil horrible, sort de son lit, se lave les dents, mange et boit un café rapidement, pour se rendre dans le froid et la pluie dans un lieu, où l’on rend, 8 heures par jour,  quelqu’un plus riche, qui demande en plus notre reconnaissance pour cela ?

Pour avoir plus de bidules avec plus de pixels ? Vraiment ? Ou sommes en train de courir après un mirage ?

Sculpture romaine (Arles)

Pourquoi sommes nous heureux ?

..Ici il s’agit de l’hypothèse que le bonheur est aussi fabriqué par notre cerveau, et que ce bonheur fabriqué, synthétisé, est d’aussi bonne qualité que le bonheur qui nous arrive par les évènements (voulus ou involontaires) de notre vie. En tout cas, pour moi, c’est une preuve scientifique qui va tout à fait dans le sens de ce blog : Pourquoi moins dépenser ne nous rend pas moins heureux ? Pourquoi Sénèque avait raison ? Pourquoi les minimalistes n’ont pas tort ? 🙂 et bien plus encore… Le sous-titrage en français est possible, donc ne vous privez pas !

Ou alors vous pouvez lire le transcript en français. Voilà le début en teasing.

 » Quand vous avez 21 minutes pour parler, deux million d’années semblent infini. Mais en termes d’évolution, deux millions d’années c’est négligeable. Et pourtant, en deux millions d’années, la masse du cerveau humain a presque triplé, en commençant par le cerveau d’un demi kilo de notre ancêtre Habilis, jusqu’au pain de viande de près d’un kilo et demi que nous avons tous entre les oreilles.Pourquoi la nature tenait-elle tant à nous pourvoir d’un gros cerveau?

Il s’avère que lorsque la taille d’un cerveau triple, en plus d’augmenter de volume, il se munit de nouvelles structures. Et si notre cerveau a pris tant d’ampleur c’est surtout parce qu’il a acquis une nouvelle « pièce », le lobe frontal et plus particulièrement une région appelée le cortex préfrontal. Qu’accomplit pour nous le cortex préfontal qui puisse justifier la restructuration complète du crâne humain en une fraction de temps évolutionnaire?

Il s’avère que le cortex préfontal accomplit un tas de choses, mais l’une des plus importantes est la simulation d’expériences. Les pilotes d’avion s’entraînent sur des simulateurs de vols pour éviter les erreurs lors de vols réels. L’être humain possède cette merveilleuse adaptation qui lui permet de simuler mentalement ce qu’il projette faire dans la vie réelle. C’est une prouesse qu’aucun de nos ancêtres ne pouvait accomplir et qu’aucun autre animal ne fait aussi bien que nous. C’est une adapation extraordinaire. Tout comme la préhension, se déplacer sur deux jambes et le langage, c’est l’une des choses qui a fait descendre notre espèce de l’arbre pour la conduire au centre commercial.

Et….(rire)—nous l’avons tous fait. Bien sûr, Ben & Jerry’s n’a pas de glace au foie et à l’oignon. Ce n’est pas parce qu’ils en ont testé et fait «Beurk!». C’est parce que sans quitter son fauteuil, on peut simuler cette saveur et faire «Beurk!».

Voyons comment fonctionnent nos simulateurs d’expériences. Faisons un diagnostique rapide avant de poursuivre. Je vous invite maintenant à envisager deux versions du futur. Essayez de les simuler et dites-moi laquelle vous préféreriez. L’une est de gagner à la loto. Disons, 314 millions de dollars. Et l’autre est de devenir paraplégique. Pensez-y un moment. Vous ne croyez probablement pas avoir à y réfléchir longuement… ». La suite là.

Toits de Paris

Le minimalisme en voyage

Encore un article sur le voyage. Une de mes passions. Ca me fait rêver et me motive à continuer sur ma lancée. Dans cet article je ne parle que de longs voyages, pas de 15 jours ou trois semaines, mais plutôt de plus de 2 mois, quand on n’est pas obnubilé par chaque jour et chaque heure qui passe

« Remember to take half as many clothes as thou thinkest and twice the money »

« N’emporte que la moitié des affaires dont tu penses avoir besoin, et le double de l’argent ». Extrait des 10 commandements du voyageur.

En voyage, avec l’expérience, on sait en regardant le sac de quelqu’un, à quel voyageur on a affaire. Entre ceux qui se baladent à travers le monde avec deux petits sacs plastiques et ceux qui portent péniblement deux sacs à dos bourrés (un devant, un derrière), il y a un monde.

Certes, on a rarement besoin de marcher longtemps avec son sac à dos. Pour ainsi dire, on le porte seulement de l’aéroport à l’hôtel, de l’hôtel à la gare, et de la gare à l’hôtel et ainsi de suite. Mais c’est un conseil très important : emportez le moins possible ! Moins on porte, mieux on se porte !

D’ailleurs, une fois goûté au plaisir de voyager léger, on ne peut plus s’en passer. Pour moi, bien sûr ce n’est pas venu tout seul. Lors de mon tour du monde et premier grand voyage, j’étais à San Diego, avant de traverser la frontière. Après beaucoup d’hésitation, j’ai laissé mon gros sac chez des amis qui m’hébergeaient. J’ai gardé simplement une musette que je avais préparée avec soin. Je me souviens d’avoir emmené d’Europe une foule de gadgets : une minuscule lampe de poche, une corde à linge extensible, des médicaments pour ci ou ça, et d’autres choses que je croyais indispensables et surtout introuvables ailleurs. J’avais des boites pour les ranger et pour qu’ils prennent le minimum de place. Je voulais ainsi les retrouver facilement. J’avais ainsi une section « salle de bain », une section « cuisine », « lessive », chambre à coucher » etc.

Et puis après quatre semaines de voyage prudent au Mexique, je suis arrivé à Oaxaca très tôt, et très fatigué, à cinq heures du matin. J’avais fait 17 heures de train et 6 h de bus pour venir de Morelia. J’ai donc dormi deux heures sur une chaise dans la gare routière. Puis vers sept heures, j’ai marché en ville pour prendre un petit-déjeuner. Il était trop tôt pour trouver un hôtel sans payer une nuit supplémentaire. Je me suis assis tout seul sur la terrasse d’un café qui venait d’ouvrir sur le zocalo principal. J’ai mis le sac sous ma chaise. Je savourais l’air matinal non pollué et je sortis mon carnet de notes pour écrire. Un groupe d’Américains est passé juste derrière moi. Je les ai trouvé drôles ou plutôt incongrus avec leurs bobs, leurs caméras vidéos et appareils photos. Ils étaient bien sûr en shorts et T-shirts, malgré la fraîcheur du matin à 1500 m d’altitude. Ils faisaient un peu « tâche ». Je n’avais pas vu de touriste, ni aucun gringo d’ailleurs depuis 3 semaines.

Quelques minutes plus tard, je me suis levé pour aller aux toilettes. Et en me levant, je me suis aperçu tout de suite que mon sac n’était plus sous ma chaise ! Disparu, envolé ! Volé ! Après vérification auprès du serveur, il a fallu que je me rende à l’évidence, je me suis retrouvé les mains dans les poches. Je garde toujours sur moi tout mon argent et mes papiers ; donc ce n’était pas vraiment dramatique, mais plutôt frustrant. J’ai payé mon chocolat chaud et pris une chambre d’hôtel sans un seul sac. Je n’ai même pas pu prendre de douche car je n’avais pas de serviettes, pas de change. Donc, je suis ressorti aussitôt faire des courses.

Cela s’est avéré, en fin de compte, une très bonne expérience. Je n’ai pas pu, bien sûr, remplacer tout ce que j’avais perdu, mais pour 50 pesos (7 $), j’ai pu acheter au marché un petit sac et de quoi m’habiller, me laver et me sécher. Mais surtout, je me suis aperçu au bout de quelques jours que je n’avais besoin de rien d’autres. Tous ces gadgets que je croyais indispensables étaient en fait plutôt inutiles. Donc j’ai gardé l’habitude et maintenant, je n’ai même plus peur de me faire voler mon sac ! Parfois, j’ai même envie de le perdre, pour pouvoir repartir encore plus léger, plus libre.

Il y a un tas de petits avantages à voyager léger :

– un petit sac est plus facile à surveiller. Il ne vous quitte jamais, même pour monter dans un bus bondé. Il reste avec vous, bien au chaud à l’intérieur et non pas sur le toit sous la pluie, par exemple.

– Chercher un hôtel devient nettement plus agréable et si on quitte la ville le soir, il n’y a pas besoin de revenir chercher ses affaires en fin de journée.

– Faire son sac le matin devient presque un plaisir.

– Il est facile de prétendre aux hordes de « touts » (rabatteurs) que l’on a déjà un hôtel en expliquant que le reste de ses affaires est d’ailleurs là-bas.

Alors la question reste, que faut-il emporter ?

La réponse est complexe et sera différente pour chacun bien sûr. Elle dépend d’ailleurs de la raison pour laquelle vous voyagez.
Mais voici une petite liste de choses que je trouve nécessaire à mon confort.

Pour un pays chaud :

2 slips, 2 T-shirts, 1 petite serviette, 1 veste légère ou un blouson léger, 1 pantalon léger et/ou 1 short qui fait d’ailleurs office de maillot de bain, 1 paire de chaussure (avec 2 paires de chaussettes) ou sandales (pas besoin de chaussettes), un saree (genre de grand drap teinté) pour dormir, un chapeau.

1 rasoir, 1 savon (pour le corps et la lessive) dans une boite à savon, 1 brosse à dent et du dentifrice, 1 déodorant.

Aspirines, préservatifs, crème anti-moustiques (je m’en passe de plus en plus).

Pour un pays plus frais :

Je rajoute 1 sweat-shirt, 1 pull, 1 paire de grosses chaussettes (je porte une paire fine dessous), un jean, un duvet. Je pars avec une paire de sandales et une paire de chaussures.

Tous mes papiers, passeport, ticket d’avion, argent sont répartis sur moi dans une pochette antivol sous les vêtements et dans une ceinture en cuir avec une fermeture Eclair à l’intérieur de la ceinture. Je porte un sac banane avec un guide ou une carte locale, un couteau et lunettes de soleil, parfois un bout de ficelle.

Sur cette liste, on peut à ajouter pour certains un journal pour écrire (source des bons souvenirs), stylo, carnet d’adresses (avec pleins de places libres) et peut-être un appareil photo (pour impressionner les copains au retour) et/ou de quoi dessiner.

Je lave mes affaires au fur et à mesure en même temps que je prend ma douche le soir. La lessive n’est plus une corvée. D’ailleurs à propos, j’ai souvent l’impression que les gros sacs transportés par certains backpackers ne contiennent que du linge sale.

J’ai travaillé quelque temps avec un Suisse de plus de 60 ans qui part toujours en voyage pratiquement les mains dans les poches. Chaque jour, quand il se douche, il lave les affaires qu’il porte et les laisses sécher sur lui, bien essorées. Il m’a dit qu’il avait pris l’habitude à l’armée.

« Tu comprends, m’expliquait-il, quand tu arrives quelque part, tu as toujours envie d’acheter un tee-shirt ou un short qui te plaît, alors ça ne sert à rien d’emporter des fringues. »

Je ne suis pas aussi extrême que mon ami suisse, mais je n’emporte pas de mousse à raser, d’après rasage, de papier hygiénique, de coton tige, de crème solaire, de crème après solaire, de shampoing, d’après shampoing, de peigne etc.

J’ai appris à m’en passer petit à petit. Je n’ai rien découvert, je n’ai fait que copier ce que beaucoup de gens font à travers le monde. En voyageant dans des pays moins pollués, en mangeant plus lentement et plus sainement, en apprenant à se laver correctement (c’est à dire très souvent, en frottant, mais sans savon), en perdant beaucoup de stress, on remarque que notre corps fonctionne mieux, qu’il produit moins de toxines, qu’il arrête de sentir mauvais, que les cheveux restent propres. Mais il faut le faire pour le croire (j’entends d’ici des sarcasmes). Ne pensez pas non plus que vous êtes un cas particulier (« J’ai une peau comme ceci, une barbe comme cela etc. »). On est tous fait de la même matière, et ce qu’on a besoin ici en Occident, peut s’avérer complètement inutile ailleurs.

Je pars sans livre, ni musique. Je voyage pour apprendre, pour m’ouvrir. Donc je découvre des livres et j’écoute la musique au grès des rencontres.

Pareil pour l’ordinateur, le téléphone. Je suis un peu vieux jeux et il est vrai qu’un téléphone peut être très utile pour réserver une chambre, un billet etc.. Mais je recherche pas la facilité, ni l’efficacité, mais plutôt la spontanéité.

Vous pourrez compléter, échanger ou vous débarrasser de votre bagage, au fil du voyage.  Parfois il faudra acheter un pull, une moustiquaire, de la crème solaire. Pas de problème, si on en a besoin, on le trouve sur place, et souvent moins cher. Je ne comprend pas les gens qui préparent leur voyages en cherchant partout le truc impossible à trouver en Occident, car inutile, alors qu’on peut le trouver en sortant de l’aéroport pour une fraction du prix.

Si un jour, dans un pays riche, vous avez besoin de vêtement , faites les magasins d’occasion ou de charité. Dans tous les pays riches, il y a des pauvres, donc il y a toujours un moyen d’acheter bon marché.

Il faut se rappeler que quand le sac est léger, la tête le devient. Cela prend un peu de temps pour y parvenir, mais encore une fois, le jeu en vaut la chandelle.

 

Pont Saint Pierre

Qu’est ce qu’on attend pour être heureux ?

Minimalisme, frugalité et Sénèque.

Cet été, j’ai passé un peu de temps avec un ami italien, très épris de philosophie. Cet ami est particulièrement intéressé par les différences et les points de convergence enter les philosophies occidentales et orientales.
Un point de convergence semble pour lui la notion de bonheur.
Du coup, depuis cet été , je me suis mis à lire « De la vie heureuse » de Sénèque (qui était romain) pour vérifier ses dires et j’ai eu envie de rechercher des points de convergence entre minimalisme et Sénèque.
Je vais commencer donc par décrire succinctement le minimalisme et comment il permet d’avoir une plus heureuse en vivant plus frugalement, et puis je comparerais avec ce que nous dit Sénèque.

Bonheur et minimalisme

Le minimalisme est né de la société de consommation, ou plutôt en réaction à la société de consommation. La plupart des parcours de vie de minimalistes tournent autour du même thème. Par exemple, Joshua Fields Millburn raconte dans son livre « MINIMALISM: LIVE A MEANINGFUL LIFE » comment il avait travaillé avec un certain succès pendant des années à faire ce qui lui semblait logique de par l’éducation qu’il avait reçu : travailler dur, monter en grade dans sa boîte, gagner plus, se marier, faire un enfant, gagner encore plus, acheter une grande maison, de grosses voitures et remplir sa maison de « gadgets ». Tout cela pour se retrouver à 29 ans, usé, vidé, divorcé et profondément perdu et malheureux, dans une maison trop grande et trop pleine, malgré le départ de sa femme.
Il vit maintenant dans un chalet dans le Montana, passe son temps à suivre ses passions : écrire, lire, enseigner l’écriture, rencontrer de nouvelles personnes, voyager et cultiver ses amitiés.

Le fait de vider sa maison,  sa maison, de se déposséder de ses objets plus encombrants que vraiment utiles, lui a permit de reprendre pied. Il a continué à expérimenter sur ce chemin en limitant ses connections à internet, en évitant les distractions et en se concentrant sur ce qui était important pour lui. Le succès de son blog a été une surprise. Mais ce ne fut juste une cerise sur le gâteau. Tout le travail avait été fait auparavant : payer ses dettes, quitter son travail, déménager, dans un appartement plus petit, perdre 18 kilos, refaire du sport et surtout apprendre sur soi-même.

L’idée est bien de simplifier sa vie pour pouvoir avoir le temps de se consacrer sur l’essentiel pour soi-même, sur ce qui compte. Ainsi, on évite de passer à côté de sa vie et en fin de compte on devient plus heureux, avec un réel sens d’accomplissement.

Sénèque

Sénèque prônait aussi la simplification de la vie. Cela peut paraître étonnant car, il nous semble, que c’est seulement depuis la venue d’internet et du monde « vraiment » moderne, que le rythme de la vie et de nos obligations s’accélèrent. Nous avons plus de possibilités, plus de tentations. Mais Sénèque était un personnage important, précepteur du jeune Néron, et devenu son conseiller, il était devenu immensément riche (ce qui à créé des jalousies causé sa perte).  Donc Sénèque prêche dans ses écrits ce, de son propre aveu, qu’il avait du mal à mettre en place chez lui. Il était en quelques sortes l’écrivain des Stoïciens, sans complètement suivre leurs recommandations.

Sénèque faisait la distinction entre plaisir et bonheur. En fait, il reprend la distinction établie par Aristote. Aristote expliquait qu’un enfant ne peut pas connaître le bonheur. En effet, sa maturité intellectuelle ne lui permet de connaître que du plaisir.
Pour les Stoïciens, le plaisir n’est pas mal en soi, mais il conduit inévitablement à l’insatisfaction. L’âme faible cherche les plaisirs et pense trouver le bonheur dans l’attente, l’expectative de ces plaisirs. Pour Sénèque, on ne peut être heureux que pour quelque chose qu’on a fait. Dans le passé donc. On ne peut pas être heureux pour quelque chose qu’on est en train de faire, ou que l’on est en train de vivre ou pour quelque chose que l’on a ! Ca, c’est le plaisir.
Donc, le bonheur ne vient qu’en regardant en arrière. Par exemple, on passe sa vie à essayer d’élever ses enfants et par moment, c’est dur ! On n’est pas toujours rempli de bonheur quand on se réveille au milieu de la nuit pour un biberon etc. Mais au bout de 20 ans, on peut regarder en arrière et être vraiment heureux de ce que l’on a accompli. Pour Sénèque, c’est ça le bonheur, parce qu’on a fait ce qui est juste, dans ses propres mots, ce qui est vertueux.

(Petite parenthèse : pour comprendre le mot vertueux, il faut se souvenir qu’il a la même racine que le mot virilité, car ces mots partagent certaines valeurs, qualités, comme le courage. Il faut avoir du courage pour être vertueux).

Synthèse 🙂

Donc, on peut voir quelques points communs entre minimalisme et Stoïciens :

– d’abord, simplifier sa vie. Dans notre monde moderne, cela veut dire moins consommer, ou être plus réfléchi dans sa consommation. Ne pas penser que cela va nous apporter la moindre satisfaction durable. De plus, parce qu’on achète, on accumule et il faut un jour gérer tout cela : d’abord stocker, puis il faut réparer ce qui tombe en panne, remplacer ce qu’on ne peut réparer; s’inquiéter de se qu’il faut remplacer, de ce qu’on a pas encore, de ce qui n’existe pas encore et mais qu’on pourrait avoir besoin. Joshua Miller avait un gros salaire, de grosses possessions, mais aussi de grosses dettes, ce qui était une source d’inquiétude supplémentaire.

Pour aller plus loin et simplifier leurs vies, certains vont jusqu’à résilier leur abonnement à internet, rendre leur télévision, et leur smartphone. Le temps est la vraie richesse. Mais surtout ces possessions, ces instants de bonheur (l’effet « Waouh ! ») n’apportent rien de durable qu’un sentiment d’insatisfaction profond. Cela paraît complètement fou de se séparer de ce qui nous a aider à nous créer notre identité, nos valeurs, mais cela est libérateur ! Il existe pleins de méthodes pour aider à faire ses premiers pas.

Faire ce qui est juste ou faire ce qui est important. Il y a deux éléments dans cette phrase. il y « faire » et « ce qui est juste ». C’est ce que l’on « FAIT » dans le présent qui nous rendra heureux dans le futur, en regardant en arrière, en se souvenant du chemin parcouru. « CE QUI EST JUSTE » est plus difficile à définir à mon avis. Chaque religion à sa définition de l’éthique et de la moralité. Là encore, on trouve des divergences, mais tous seraient d’accord je crois avec un minimum comme : « Ne pas faire de mal et aider autrui quand cela est possible ». Dans un état laïque, l’éthique pourrait être de respecter la Loi, mais cela n’inclus pas un sentiment de fraternité avec les autres, de inter-dépendance (bien que ce soit sur fronton de nos mairies). Les minimalistes poursuivent eus leurs passions, ce qu’ils peuvent contribuer au monde, ce qui peut améliorer le monde. Ce n’est pas si éloignés.

Conclusion
Ces philosophes n’ont même pas eu besoin d’un contexte pour prouver que la société de consommation, du toujours plus, ne conduit à rien d’autre qu’à un grand vide. J’ai juste envie de rajouter que cela conduit aussi à des problèmes écologiques de plus en plus difficiles à réparer. On ne sait pas toujours ce qu’on va faire des centrales nucléaires et des déchets, et c’est la même chose avec les panneaux solaires. On peut rajouter les changements climatiques + les forêts + la bio diversité + l’écart grandissant entre les riches et les pauvres etc. Mon choix de vie peut interroger, et parfois être qualifié d’extrême, mais franchement, je ne vois rien d’extrême dans ma façon d’essayer d’orienter ma vie. Je ne vois que de la logique. Ce qui est extrême est tout ce monde qui ne sait pas dire « j’en ai assez« .