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L’antithèse du minimalisme

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La voiture idéale pour aller travailler ?

Ma femme revient d’un séjour d’un mois au États-Unis dans sa famille en Géorgie.

Nous avons eu une longue discussion la nuit dernière alors qu’elle me racontait ce qui avait changé depuis notre dernier voyage ensemble. Les différences culturelles entre nos deux pays sont de plus en plus frappantes pour elle.
Je me suis dit que cela pourrait être intéressant dans ce blog, en partant de l’hypothèse que dans beaucoup de domaines, les États-Unis sont en avance sur nous. Je dis en avance dans le temps, de manière non-jugeante, pas en termes de qualité de vie, de bonheur ou de confort.

Après tout, en janvier j’avais fait un article après mon retour d’Inde un peu dans la même idée mais dans le sens inverse. À l’époque, c’était nous qui étions « en avance », et je regardais dans le « passé ». Aujourd’hui je me tourne vers le futur.

Donc, voici une petite liste qui est sortie de notre discussion

  • Les équipements sont devenus super-technologiques et très chers. Le nouveau frigo acheté par mon beau-frère a coûté 2500 dollars. Il fait de la glace pilée, de la glace normal, de l’eau fraîche, avec de l’eau filtrée, a une cellule de refroidissement, un tiroir à part pour les pots, peut maintenir différentes températures dans différents compartiments, est IMMENSE et personne ne sait s’en servir.
  • La tondeuse à gazon n’est pas une tondeuse classique, c’est un mini-tracteur. Apparemment, tout le voisinage ne peut concevoir de tondre leur pelouse sans être assis sur ce genre d’engin, même pour une surface plate et aussi petite que 700 m carrés. Chacun à sa tondeuse bien sûr. On ne prête pas car on a peur que l’autre ne s’en occupe pas bien et c’est mal vu de dépendre des autres.
  • Les voitures sont énormes, axée sur la sécurité au point du ridicule, voir ci-dessus, le dernier modèle de ma belle-soeur, qui rentre à peine dans le garage (la voiture, pas ma belle-soeur qui est charmante et a une taille mannequin). Ces mêmes voitures ont des ordinateurs à la place du tableau de bord, qui se relient avec le smartphone. Le smartphone est/sera bientôt la pièce clé de l’automobile.
  • Les maisons sont énormes (300 m carrés pour une famille de 4 personnes), pas cher (200 000 dollars) pas très solides. On aurait pu imaginer pour des gens tellement inquiets de leur sécurité qu’ils auraient une porte solide digne de ce nom. Il faut un digicode pour ouvrir la porte du garage mais on peut crocheter la moindre porte-fenêtre avec un canif. Mais attention, les gens ont parfois des flingues. Certaines villes obligent même chaque habitant à avoir un flingue à la maison, comme ça, les cambrioleurs sont prévenus.
  • Les fruits et légumes n’ont pas de goût. Ils viennent tous de Californie, ont été cueillis pas assez mûrs et transporté dans des camions frigorifiques à travers les States
  • Tout est accès sur la performance et la compétition depuis le plus jeune âge.  Les bébés à la crèche sont notés à partir de leur entrée (vers 3 mois). D’ailleurs, on ne dit plus crèche (kindergarten) mais « academy ». On apprend bébés à se rouler, à ramper, à s’asseoir et on note qu’il est bien dans les normes. À la fin de la crèche, avant d’entrer à l’école maternelle, il aura un diplôme (si, si). Pour la fin de l’école maternelle, il y a une remise de diplôme, la levée des couleurs des USA avec un chant la main sur le coeur. L’identité nationale est apprise vite ! Par contre, les chants sont chantés par tous en anglais et en espagnol.
  • Des parents notent les statistiques de leurs enfants de 5 ans au base-ball. Ils vont à tous les entraînements et filment tout sur leur portable. Il y a même un nom pour ce genre de comportement qui ne concerne pas que les entraînements de baseball, « helicopter-parents ». Il y a même des études faites sur le devenir des enfants de ces parents (comme quoi le phénomène n’est pas si récent), et elles montrent que les enfants entrent en dépression plus souvent quand ils quittent le giron familial que les autres enfants.
  • Il y a un gaspillage de tout, de l’eau, de la nourriture, de l’essence, de l’énergie. Choquant, désolant et complètement anodin. Il y a trop d’exemples qui me viennent en tête
  • Le Smart Phone est partout (omniprésent) et omnipotent. Il peut tout et s’incruste partout. Il était mal vu de laisser sonner son téléphone au restaurant et encore plus d’y répondre. Il est maintenant bizarre de ne pas répondre à ses messages. Ainsi, il est quasi-impossible d’avoir une conversation avec son ami sans qu’il ne regarde son smartphone ou est distrait.
  • L’art de la conversation est perdu, ce sont des monologues, tout le monde parle de soi, quand cela lui chante. À charge de celui qui écoute de dire que cela l’intéresse ou pas (« I’d rather not talk about this). Ainsi, personne ne s’intéresse à autrui. Exemple : personne n’a demandé à ma femme en un mois, comment était sa vie en France, ce qu’elle faisait, ses projets, ses loisirs. Elle était dans sa famille proche, plus éloignée, elle a revu des amis qu’elle n’avait pas vus depuis des années. Elle s’est inquiétée de leurs vies, des décisions, de leur travail, de leur famille respective etc.. Mais pas un ne lui a demandé quoique ce soit sur elle.

L’antithèse du minimalisme ?

Alors que peut nous enseigner tout cela.

Pour résumé, elle a vu des gens qui recherchent la sécurité et consomment plus pour cela, qui ont la tête dans le guidon et qui ont de moins en moins de rapport « humains » entre eux. Ce qui est tout le contraire du minimalisme, en quelque sorte.

Je retrouve aussi cette tendance à l’atomisation (l’individualisation) de notre société commune à nos deux sociétés avec peut-être une certaine avance aux US.

Les familles sont devenues nucléaires et ceci a entraîné un repli sur soi. Avant il fallait comme on disait un village (ou une rue) pour élever un enfant. Il y avait aussi une sorte de surmoi social et tout le monde « veillait » sur tout le monde. Ainsi, quand mes parents ont déménagé dans un nouveau quartier lorsque j’ai eu 6 ans, ils ont fait comme tout le monde dans leur rue. C’est-à-dire qu’ils m’ont laissé allé à l’école seul, accompagné de mes copains de la même rue. Ma mère n’est jamais venue me conduire ou me chercher à la sortie de l’école dans mes 4 ans à l’école primaire et encore moins plus tard.

Je veux dire que l’individualisation de notre société a des conséquences sur notre sentiment d’insécurité chez nous aussi. Et c’est un argument de vente ou de consommation. Demandez autour de vous qui laisse ses enfants aller à l’école en dessous de 10 ans. Personne. Ou pas grand monde. Gamin de banlieue, je prenais seul le train à 11 ans pour aller voir ma grand-mère le samedi. J’arrivais à Gare du Nord, marchais jusqu’à Gare de l’Est et prenais un nouveau train pour Rosny-sous-Bois. Quand je raconte cela, j’ai l’air d’un extra-terrestre, mais quand je questionne mes collègues ou amis du même âge, cela leur semble normal. Les études le montrent, le monde des banlieues n’est pas plus dangereux maintenant que dans les années 80, mais la perception du danger beaucoup plus grande.

Donc la peur, le repli sur soi, fait conduire nos enfants à l’école ou à la crèche (ou academy) dans de gros 4X4. Elle isole des autres. La ville ne fait plus société (voir Jacques Donzelot). En fait, la ville s’éclate en banlieue infinie (le fameux sprawl) et bien délimitée. Marietta, « banlieue chic » d’Atlanta a refusé le métro pour ne pas avoir de horde de pauvres venir habiter là. Donc, tout le monde utilise sa voiture, il n’y a pratiquement pas de transport en commun.

Le pire est que les valeurs de concurrence, de performance encouragent cet individualisme. Il faut se démarquer, d’autant plus qu’il y aura peu de monde au sommet de la pyramide.

Donc, je vois que les parents élèvent leurs enfants seuls, sans les voisins, sans les grands-parents qui habitent loin ou sont décrédibilisés. Les gens vont travailler en voiture écoutant une radio qui leur ressemble, vont travailler avec des collègues qui leur ressemblent, vont faire un sport qui leur ressemble et jamais ne vont se frotter à l’Autre, qui devient synonyme de danger parce que différent, « pas comme nous » etc…  les gens travaillent plus, plus longtemps et prennent leur retraite plus tard pour pouvoir se permettre ce niveau de vie. Du coup, les gens se retrouvent incroyablement seuls, et passent leur temps sur Facebook et Twitter pour se faire des amis (qui leur ressemblent). Ls dépressions sont en augmentation et la consommation aussi.

Mais au fait, je parlais des États-Unis ou de la France ?

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